Casse-pipe, c’est du Céline, aucun doute là-dessus. Du vrai, du brut. Mais un Céline auquel il manque quelque chose. Une fin ? Sans doute. Ce roman, fragment d’autobiographie militaire, est inachevé, amputé. Il s’interrompt net, brusquement, comme une phrase suspendue. Est-ce si grave ? Pas forcément. Céline y refait le monde depuis le fond d’un lit de caserne. L’armée y est dépeinte comme un cloaque : tout y est laid, crasseux, absurde, hiérarchisé à l’excès. On y croise des types sans grandeur : le capitaine de chambrée, les collègues qu’on tolère, le sergent gueulard… C’est du Céline, oui - mais du Céline mineur. On est loin du Voyage, loin de Mort à crédit. Casse-pipe n’est qu’un brouillon, dont l’intérêt est plus stylistique que narratif. L’histoire est mince, et ce n’est pas pour elle qu’on s’y plonge. Ce qui importe, c’est la voix. Celle de l’auteur.
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