Romain Gary comprend-t’il le problème noir ? Pas sûr. Et pourtant on a faillit y croire. L’histoire est belle. Autobiographique jusqu’à quel point ? Je ne sais pas. Et ça commence en trombe, avec cette écriture trépidante, facile à lire, comme tirée d’un film américain. Derrière les mots, les images fusent, l’anecdote peut être brutale, significative d’une époque révolue, celle de la lutte pour les droits civiques. USA. Discrimination raciale. Martin Luther King. Et un chien, berger allemand vieillissant, qui a la particularité de se transformer en machine à tuer dès qu’un noir se présente devant lui. Un chien blanc.  En partant de ce dilemme cornélien en apparence, L’écrivain se torture les méninges. Faut-il piquer le chien ? Et peut-on le re-dresser ? Comment ? Ce chien, on le comprend vite, représente quelque chose de plus important qu’un chien, la complexité du problème racial aux USA. Il se cristallise dans ces années 60 révolutionnaires, mais le problème reste entier. Quand Gary se rend dans un chenil, on lui conseille de se débarrasser du chien. Trop vieux, irrécupérable. Le seul qui accepte de s’en occuper c’est un dresseur noir, sympathisant des Blacks Panthers. Chien blanc contre Black Panther. Pas mal. Mais…Et ça s’arrête là.


    Le chien disparaît face à la tentation du texte, de la prose pour la prose surchauffée, certes inspirée, la description d’une Amérique au bord de la guerre civile, très mise en scène de mon talent,  comme le sujet c’est plus Gary lui-même, l’Amérique, c’est un décor, où les Black Panthers, où le chien... Où les racistes de tous poils noirs ou blancs, puisqu’ils sont tous logés à la même enseigne, dresseurs blancs et chiens noirs, tous égaux dans cet apartheid yankee. Assez habile pour ne pas prendre parti, (autre que pour lui-même et son égo), Gary se pose même en donneur de leçon. Il se moque tout le temps de tous les personnages ou des situations. Une moquerie un peu agaçante, voire déplacée par moments. Il pourrait faire mieux, aller plus loin. Il a beaucoup d’outils dans sa manche. Sa prose séduisante, super référencée. Il cite le communisme. Bobby Kennedy. La femme de Luther King. les milles et une nuit, la société de consommation. Etc ;;; Il mélange tout, pour rien. Autre outil dans sa besace, son autosatisfaction de super héros, (moi, moi, je, je). Sa réputation d’écrivain mondialement célèbre, et sa légion d’honneur, sans compter sa femme militante qu’il exhibe de temps en temps pour faire jouer la carte, je suis activiste puisque ma femme l’est, donc j’ai pas besoin de m’engager, (ma femme, ma femme…)


  Il dit quelques énormités, comme par exemple que : « …la vraie religion du noir, c’est l’animisme »( ?)…Gulp ! Il devrait prendre des vacances, parce que là, ça ne va pas.


  On sent bien que tout ça le fait chier, et je me demande même pourquoi  faire un bouquin, puisque le sujet l’intéresse si peu. Je cite : « …ma conscience elle aussi à droit à des vacances. »


  Voyage au Vietnâm, loin pour se ré-oxygéner la tête, et le chien se noie dans le fleuve Mékong. Son analyse est pertinente par moments, mais vite biaisée par son manque d’implication. Il dit lui-même qu’il n’est pas concerné par le problème. La seule raison pour laquelle il est venu à LA, c’est pour surveiller sa femme, dont il soupçonne l’infidélité. Un certain Clint Eastwood, lui tourne autour, et ça ne plaît pas à notre écrivain. Ma femme, ma femme, (elle a un nom, elle s’appelle Jean Seberg). Et puis tout le monde se sert d’elle, ma femme. Les Blacks Panthers se servent sa réputation pour lui soutirer de l’argent. La naïveté de sa gentille femme, ne plaît pas à notre écrivain, qui est persuadé que c’est par sentiment de culpabilité qu’elle donne autant d’argent pour la dite cause. Et alors ? Je serais tenté de dire. Gary s’imaginait sûrement que sa femme actrice, libérée, américaine de surcroît, allait lui demander l’autorisation pour faire un chèque ?


    Sinon le chien raciste-prétexte, est sorti du chapeau de temps en temps. Quelques scènes d’émeutes ajoutent un peu de piment. Quelques lignes hautes en couleur, digne d’un reporter de Paris-Match dans un pays en guerre. C’est la forme bousillée un peu par le manque de fond. Pourtant, sur le tard, je pensais qu’il allait enfin se lâcher pour de bon. Un vieil ami noir, recherché par la police se planque chez lui, et il y a un face à face, un moment de vérité. Mais Gary est trop intelligent pour faire un choix autre que volte-face, il se donne le beau rôle, détaché, posture, sans se salir les mains. Un vrai politicien ce mec. Il aurait pût ajouter :


  « Je prends l’avion pour rentrer chez moi. Débrouillez-vous avec votre maudit clebs, connards de yankees. Et touche pas à ma femme, cow-boy ! »


  Sans compter une résolution ridicule de manichéisme, digne d’un écrivain du dimanche matin. Le chien revient pour un final digne d’un thriller de seconde zone, direct-to-vidéo.


 Livre qui a le mérite de nous apprendre que le racisme chez le chien, surtout s’il est vieux, ça ne se soigne pas bien. Mais à mon avis, c’est les dresseurs qu’il fallait soigner, non ? Il en parle très peu d’eux, des dresseurs. Comme dans Tintin reporter, on se contente de la beauté du geste ?

Angie_Eklespri
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le 12 nov. 2015

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Angie_Eklespri

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