Voilà l'anti - "Pourquoi Lire ?" de Charles Dantzig... (je vais d'ailleurs pas me gêner pour copier/reformuler quelques phrases de ma critique le concernant). Rien que la première phrase se veut être la négation de tout impératif vis à vis de la lecture, ça nous oppose déjà là une sacrée différence ! Ici Pennac parle plutôt aux parents et aux lecteurs de tous âges plutôt qu'aux seuls écrivains et autres lecteurs aguerris. Il est tellement l'anti-dantzig que par l'énumération des droits formels et de libertés tacites, il nous amène bien plus à déduire ce qu'on peut vouloir de la lecture qu'il ne nous suggère (voire dicte dans le cas de dantzig) la liste de ce qu'on devrait pas 'aimer'. Une posture (celle de Pennac) éminemment importante pour parler d'une chose aussi variable et subjective que le goût de lecture (finalement un livre qui ne peut QUE fâcher un maximum de lecteurs, et à raison).
Exerçons maintenant ces droits en sautant directement à l'essentiel, c'est à dire aux droits imprescriptibles du lecteur (chapitre 'le-quand-lira-t'on') :
Critique dans 'le droit de ne pas lire' : "Si l'on peut parfaitement admettre qu'un particulier rejette la lecture, Il est intolérable qu'il soit - ou qu'il se croie - rejeté par elle" ... et bien à cela je répondrais à Pennac qu'il n'aurait pas fallu que ça soit justifié, j'entends que la lecture, rien qu'en terme de vocabulaire, est inaccessible pour bon nombre de personnes, rendant dans un premier temps la lecture trop fastidieuse pour être appréciée.
Il y a des livres simples, mais le savent-ils ? Savent-ils également où les trouver ? le savent ils vraiment ? Avant de me rétorquer par la pensée, demandez aux gens des classes populaires ce qu'ils pensent des livres ! Et ils généraliseront d'eux même, non pas toujours par mauvaise foi, mais tout simplement par ignorance ; comme si chacun pouvait savoir par quoi commencer et tout correctement échelonner !!! Reprendre la lecture m'a pris un temps fou pour cette raison précise, alors que je lisais déjà bien plus que la classe (sociale) dans laquelle je suis immergé. Alors que j'avais déjà un vocabulaire conséquent, je me m'offusquerait donc pas, surtout qu'il n'en accuse personne, qu'ils se sentent rejeté par la lecture, surtout quand on voit comment le milieu des lecteurs et des écrivains agissent de concert à cette restriction. C'est de la faute des écrivains et des lecteurs qu'ils pensent - et même savent - que la lecture les rejette, et cela il ne le dit pas.
Au droit numéro 2 du sautage de lignes, je voudrais piallier sur une conception qu'on retrouve dans tous le livre, je cite : "j'ai sauté des lignes [...] et tous les enfants devraient en faire autant", je réponds - tous les adultes surtout, j'espère ici que Pennac n'ignore pas que c'est à eux que l'on prescrit le plus de lire de bout en bout, que c'est eux qui lisent le plus ce livre ! Notre vie une fois adulte est bien plus longue est bien plus 'pratique' que celle d'un enfant ; c'est à l'enfance que nous pouvons "découvrir" nos goûts et donc de devoir baliser en terre inconnue, et durant la vie adulte que nous les connaissons le mieux, nous permettant ainsi de sauter allègrement des passages, et des livres entiers, au mépris non pas des professeurs finalement aimables mais des horribles gatekeepers de la littérature et de certains cercles de lecture. Beaucoup d'enfants ne sont pas si bêtes, ils savent au fond que les lectures dictées comme inaccessibles ne le sont pas, ce sont leurs parents qui ne leur offrent pas et qui le plus dur que ces lectures le sont. Nous passerons sur l'infamant passage sur les livres abrégés, diffamation ou véritable amalgame fait entre tous les dits abregeurs sur leur méthode (qui n'est pas toujours, et même de moins en moins, dictée par le fait de "couper ce qui est difficile" en terme de vocabulaire, mais plutôt ce qui est répété, ennuyeux, atrocement disgressif).
Droit n°3 des droits imprescriptibles du lecteur (celui de "ne pas finir son livre") : je suis d'accord que dépasser la moitié du livre n'est parfois pas nécessaire - Pardon, - n'est souvent pas nécessaire. Car le principe est que bien peu de livres nous plairons au delà et même en soi (la majorité des livres que je lis ne me plaisent pas). Et que cela nous suffira souvent à savoir si nous voulons continuer. Mais aussi à savoir quoi en dire assez justement. Je dis : Abandonnez un maximum de lectures, leur fin ne les rendra pas meilleurs que leurs débuts, et ces derniers ne s'en trouveront pas moins bons. Il faut trouver des motivations à la lecture, non point de contraintes. Celui qui aime lire à normalement compris cela il y a bien longtemps (même s'il ne prescrit généralement pas la même chose pour autrui).
Droit 9 - Lire à haute voix (j'ajouterais 'ou en murmuré') - Je trouve Pennac ici un peu trop intimidant par grandiloquence, mais comme Dantzig, nous ne pouvons que le louer de revenir sur cette tradition en perdition. En perdition mais néanmoins secrètement essentielle à l'écrivain (l'élimination de la formule niaise passe souvent par la voix) aussi bien qu'au lecteur, même d'un point de vue purement pratique : lire à haute voix en marchant vous fera tenir la ligne et vous fait vous concentrer quand l'attention ne suit plus votre appétit. Je ne sais plus quel antique disait que sa propre voix "surprenait par derrière" sa propre logique en l'éveillant (je crois qu'il est justement cité chez dantzig).