Déception à la lecture de cet auteur dont il est dit le plus grand bien. Ces 22 textes sont de l'esbroufe qui sentent un peu trop l'atelier d'écriture, c'est à dire la recettes créative. En l'occurrence fabrication d'inquiétude à partir de variations autour de quelques moyens du genre. Les récits tendent vers l'épouvante en jouant sur l'indistinction entre réalité/rêve/folie ; la plupart des nouvelles s'organisent autour d'un triangle narrateur/lieu/manifestation, ces ''manifestations'' sont l' ''autre'' radical – au sens alien du mot–, un prédateur de corps et/ou d'esprit sans merci, ainsi : ''écoulement'', ''la seconde porte'', ''la tour'', ''le trou'', ''tache'', ''seigneur des cuves'', ''ligne du regard''.
Une variante de cet ''autre'' inquiétant est le/la "disparu(e)" inexplicable : ''comptine pour la dissolution du monde'', ''une disparition'', ''les cardiaques'', ''le monde chatoyant'', ''lunettes'', ''écume de mouches''.
La seconde composante de la recette est la paranoïa/délire de persécution : ''né mort-né'', ''désir d'errance'', ''menno''.
Le modèle est approximativement lovecraftien – ''écoulement'', ''tache'', ''ligne du regard'', ''le trou'', ''lunette'', – avec référence explicite à yog sothoth dans ''le seigneur des cuves'' ; mais le résultat est dépourvu de souffle et sent le truc d'écriture. Quant au style, aucune style. La langue la plus plate et ordinaire qui soit, marqué même par une déficience inventive lorsqu'il s'agit d'imaginer un peu de vocabulaire dans un monde qui n'est pas/plus le notre – ''soeurs'' et ''la tour''.
Bref, ce recueil peut servir de distraction entre deux correspondances – ça se lit vite, sans s'y attarder.
Pour les amateurs de bonnes nouvelles inventives, il est préférable d'aller lire Ted Chiang (surtout ''la tour de babel'' ; son second recueil est moins réussi) ou l'inusable William Gibson avec "gravé sur le chrome" ; et quant à vouloir de l'épouvante, autant lire celles de Lovecraft.