Ou l’art de s’écouter parler. Comme d’habitude, il faut se méfier des 4e de couv’ : « ils refont le monde, critiquent le capitalisme » est une assertion fausse. Zéro politique dans ce roman. A moins que d’écrire « On couche ensemble, mais je pense que c’est juste une façon de tester les limites d’une amitié fusionnelle […] C’est très anarchiste de votre part. » soit politique. C’est l’histoire d’un quatuor qui se court après et se cherche : Francès couche avec Nick qui est marié à Mélissa, qui est séduite par Bobbi, qui est l’amie intime et ex-amante de Francès. Sentiments, ressentiment, jalousie. Tout ça entouré de plein de détails fastidieux : d’un repas, d’un itinéraire, d’un emploi du temps, si les personnages font l’amour par devant ou par derrière, ou détails des états d’âmes complaisants du personnage principal. Beaucoup de bruit pour rien. Pour ce qui est de la soit-disant modernité de l’œuvre, qui serait « la voix de sa génération », est-ce dans la bisexualité ? je croyais que ça existait depuis des lurettes, d’aimer à la fois les hommes et les femmes ? à moins que la modernité soit dans leurs moyens de communication, les sms ? Ou leurs occupations : Bobbi et Francès sont des performeuses poètes. C’est vrai que ça court pas les rues, c'est chic. Même dans les nouvelles générations. Ou alors la modernité est stylistique car il n’y a pas de tirets pour indiquer les dialogues. Ou encore, la modernité serait-elle de parler sans fards d’endométriose ? Bref, tout ça est ennuyeux et nombriliste. Je préfère de très loin une autre écrivaine irlandaise, Michèle Gallen, pleine de fougue et de pertinence et à mille lieux de caresser la mode dans le sens du poil (voir Du fil à retordre). Je vais quand même lire Normal People, des fois que je me trompe sur l'auteure.