C'est le deuxième roman d'A.D.G. que je lis, après Les Panadeux, et les deux s'avèrent construits sur le même modèle. Soit un roman choral, dont les personnages tous ou presque plutôt minables vont converger pour un final abracadabrantesque.
Cradoque's Band se passe en grande partie dans une périphérie urbaine mêlant bidonville peuplé de gitans et immeubles crasseux. La foule interlope s'y déchire, sauf face aux cognes, là on ressert les rangs, on a des principes, tout de même. L'ensemble paraît sortir d'un manifeste pour une campagne d'Eric Zemmour.
A.D.G., C'est un peu l'anti Giovanni, en fait. Là où l'auteur du Deuxième souffle met en scène des personnages de truands à l'honneur irréprochables, ce qui causera immanquablement leur chute, A.D.G. traîne ses guêtres du côté des bas-fonds de la pègre, des petites gouapes aux combines éculées, des prolos de l'arnaque. Et si eux aussi finissent par chuter, c'est avant tout parce que ce sont des nullards, cherchant à endosser un costume trop grand pour eux. Même si parfois, il peut leur arriver de faire illusion.
Ce qui emporte l'adhésion, c'est le style d'A.D.G., volontiers humoristique, parfois tragique, toujours gouailleur. Un ton bien dans le style du polar à la française, maniant avec jubilation un argot improbable.
C'est du classique, mais avec des personnages soignés. Avec cette structure en roman choral, les personnages, ça semble être la grande force de l'auteur, au moins dans les deux que j'ai lus.
Avec ça le roman est court, l'intrigue étant bien plus saucissonnée que le nombre de personnages ne le laissaient présager.
Une série noire à la française comme on les aime.
Ou pas d'ailleurs, ça c'est à vous de voir.