Une belle surprise que ce roman d'anticipation.
Écrit et publié par la romancière américaine Jean Hegland en 1996, il n'est traduit et publié en France qu'en 2017 …
On est dans les années 1990. Nell et Eva, deux sœurs d'environ 17 et 18 ans, habitant une maison isolée, à proximité de la mythique forêt de séquoias géants au nord de la Californie, s'apprêtent à vivre un Noël étrange. En effet, depuis pas mal de temps, des problèmes récurrents d'alimentation électrique, de pénurie grandissante de diverses sources d'énergies entraînent un arrêt lent et progressif du fonctionnement de la société. Le peu d'informations captées ici ou là, laissent espérer un retour prochain à la normale. C'est déjà arrivé, prenons patience … D'autant que des bribes d'informations, des rumeurs laissent entendre que, ça y est, à Boston, sur la côte Est, les choses rentrent dans l'ordre … D'ailleurs, les gens disparaissent peu à peu. Sont-ils morts ou sont-ils simplement partis ailleurs ?
J'ai trouvé l'approche du roman extraordinairement crédible. Comment aurais-je réagi dans la même situation ? Est-ce que mon optimisme ou ma confiance (aujourd'hui, inébranlable) dans la société ne m'aurait pas aussi conduit aux mêmes conclusions : prenons-nous par la main, travaillons notre jardin, stockons des légumes pour passer l'hiver, coupons du bois, etc, en attendant les jours meilleurs qui ne manqueront pas d'arriver, c'est sûr.
Et puis l'histoire, racontée par Nell, de ces deux sœurs à l'amour fusionnel est prenante. Il y eut le départ de la mère qu'un cancer a emporté, laissant un père désemparé. Il y aura l'accident du père en maniant sa tronçonneuse, laissant les deux sœurs seules au monde. Nell sera tentée par l'aventure pour rejoindre cette région de Boston si loin mais ne pourra accepter l'idée de quitter sa sœur … Et puis, il y aura ce vagabond de passage qui profitera d'Eva et la mettra enceinte avant de fuir.
Oui, j'ai bien aimé cette histoire, souvent, frappée au coin du bon sens. Lorsqu'on connait les clés, qu'on sait que tout est fini, qu'il n'y a plus de civilisation, on peut se permettre de dire : les deux sœurs sont dans le déni ! Mais, en l'absence d'évènements extérieurs explicites comme une guerre ou une catastrophe, quand on ne sait rien, qu'on n'a pas les moyens de croire en l'inimaginable, il n'y a plus de déni qui tienne.
D'une certaine façon, j'aime rapprocher ces deux sœurs qui tâtonnent, apprennent à vivre sans les moyens et conforts de notre chère civilisation, de Ayla, la jeune femme rejetée par son clan préhistorique des "Enfants de la Terre" (tome 2) de Jean Auel et qui doit apprendre à s'organiser afin de survivre seule dans un monde hostile. Dans un cas, il y a les connaissances séculaires et instinctives, l'esprit de déduction ou d'imagination. Dans l'autre cas, il y a l'encyclopédie familiale (papier !) qui devient la source d'idées, avec aussi le même esprit de déduction ou d'imagination.
En tous cas, les enfants, une chose est sûre ! Ce n'est pas demain la veille que je vais me débarrasser de mes livres en papier (au profit d'un stockage sur une tablette de livres électroniques). Ah, ça, non !!!