Roman phare des années 1990 qui a récemment connu une suite (en 2025 et intitulée le Temps d'après), Dans la Forêt narre ce qui est arrivé à Nell et Eva (par le biais d'un journal de la première), deux jeunes femmes en fin d'adolescence qui ont perdu leurs parents dans un monde ravagé par les maladies et en pleine déliquescence. Elles tentent de survivre dans la forêt donc, éloignées de ce qui reste de la civilisation après sa périclitation.
On retrouve donc la formule classique mais toujours efficace de la survivance de l'humain dans un monde post apo (ou en cours d'apocalypse). Nell et Eva doivent surmonter les épreuves, le deuil, la violence des hommes, la rudesse de ne plus vivre dans le confort, la faim... mais pas seulement !
Nell et Eva ont vu chacune leur rêve se briser, Nell celui de partir étudier à Harvard, et Eva celui de devenir danseuse.
Le point fort du roman de Jean Hegland vient plutôt de la relation entre les deux soeurs, qui navigue entre fusion des cœurs (voir des corps) et jalousie et éloignement. Les tensions, les rivalités peuvent apparaître, les destinées s'éloigner mais ce roman nous apprend que cela peut arriver et doit être surmonter.
C'est aussi bien entendu un roman qui remet en cause notre vision du monde et de nos modes de vie, et qui nous rappelle basiquement que l'être humain a vécu plus longtemps sans électricité et sans confort moderne qu'avec. Bien sûr il ne s'agit pas de tout remettre en cause et de partir vivre dans les bois, mais juste de se souvenir que tout cela n'est pas essentiel, que la vie existe sans tout cela et continuera d'exister sous quelque forme que ce soit.
Je trouve par ailleurs que l'autrice par le à merveille du deuil, on ressent ce que ressentent les personnages eux-même, leur rage, leur peine, leur apaisement aussi parfois. On brasse dans tous les thèmes qui peuvent être amener à occuper l'esprit de Nell (principalement) et d'Eva, comme le suicide, le meurtre, la joie de se perdre dans la forêt, la maternité dans ce qu'elle a de terrifiant mais aussi dans l'espoir qu'elle procure (la raison de vivre ?). le programme est vaste mais toujours traité avec soin.
Petit à petit on voit les deux filles abandonner les possessions matérielles, les rêves d'ambition et de carrière entretenus par leurs parents, la superficialité de certains rapports humains pour mieux se rapprocher entre elles et de la nature.
Il s'agit pour nos deux héroïnes de quitter pour de bon la civilisation et d'entrer pleinement dans la forêt.