Le roman s’ouvre sur l’après-drame, dans l’étude d’un notaire où se confrontent, autour d’une succession, deux familles désormais liées par le sang versé. Adeline Dieudonné rembobine alors le film avec une précision d’archéologue : de la rencontre d’Aurélie et Arnaud jusqu’à l’installation du couple dans un quotidien bourgeois.
La mécanique se met en place, insidieuse, inéluctable. Le lecteur assiste à la lente érosion d’Aurélie, à la jalousie possessive d’Arnaud. Une chronique d’une mise à mort annoncée qui, loin d’être un simple thriller, interroge avec rage les ressorts invisibles de la domination conjugale et de la violence psychologique.
La Jungle, c’est derrière les façades de briques blanches des maisons cossues de la petite bourgeoisie aisée, le poison qui coule derrière les cartes postales du bonheur familial. La sauvagerie rôde dans les salons où l’on parle placement immobilier.
Une écriture résolument réaliste, à la troisième personne : un texte haletant, glaçant, qui dissèque, comme au scalpel, la mécanique d’un féminicide et d’un double infanticide au cœur de la bourgeoisie belge. Le lecteur avance en retenant son souffle, comme hypnotisé par cette tragédie contemporaine.
Au final, Adeline Dieudonné signe ici un roman sociologique engagé. Un texte qui donne envie de hurler.