Nombreuses sont les dimensions évoquées dans cet ouvrage de grande renommée. Montesquieu tente d’établir l’origine et le sens des lois à l’aide de son observation de l’histoire et son sens aiguisé de la rigueur, caractéristique de sa pensée philosophique. Définissant les lois comme étant « les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses », elles sont ainsi universelles à ses yeux parce qu’elles ont toujours existé sous certains aspects. Constatant les lois physiques, naturelles, divines, civiles et politiques, rien ne semble échapper à la portée intellectuelle de Montesquieu qui illustre sa pensée par un raisonnement logique et rationnel, allant parfois jusqu’à déconstruire les pensées courantes et dogmatiques de son époque. On notera l’influence de la pensée de Lucrèce, ce dernier ayant écrit De rerum natura signifiant la « nature des choses » et dont Montesquieu cite également dans cet ouvrage un poème faisant l’éloge de l’amour, personnifié par Vénus.
Bien qu’étant un essai incontournable pour tout individu de loi, étudiant(e) en droit, il s’agit également d’une critique philosophique, sociologique, biologique, historique, économique et parfois même théologique de la société humaine, toute époque confondue. Voilà un ouvrage typique d’un philosophe des Lumières, recherchant La Raison dans toutes ses analyses et explications des phénomènes étudiés. Tout cela sans évoquer son niveau de culture incommensurable, si bien qu’il soit difficile de concevoir qu’un seul homme puisse acquérir autant de connaissances.
Sa manière d’observer les différences des cultures, des mœurs, des coutumes et des systèmes gouvernementaux à travers le monde et l’histoire, lui donne in fine les clés pour expliquer la violence ou la modération des lois établies. En affirmant que le despotisme se base sur la crainte et la monarchie sur l’honneur, Montesquieu encense et idéalise la République qui se base sur la vertu. Lacédémone (Sparte), Athènes et Rome sont des exemples qui démontrent l’avènement d’un pouvoir encadré par des institutions, où chaque citoyen contribue au bien public et à l’intérêt général, avant que la vertu ne se corrompe avec le temps pour laisser place à l’anarchie ou au despotisme.
Par L’esprit des lois, l’auteur cherche à expliquer la logique humaine et comprendre l’évolution des lois jusqu’à son époque. C’est un voyage intellectuel qu’il s’agit d’entreprendre avec attention puisque comme le précise Montesquieu, l’objectif est de nous faire réfléchir. Prenons donc exemple sur la philosophie des Lumières et recherchons l’inexploré et l’insoupçonné avec calme et sérénité. Lucrèce, que Montesquieu semble apprécier, disait que le seul remède utile à l’Homme est de « Connaître la nature des choses ! ». Il nous reste alors qu’à nous donner les moyens d’y parvenir.