J’ai conscience de me répéter, mais comme j’ai atteint un âge où l’on commence à radoter, c’est non sans une certaine satisfaction que je bégaye mon admiration pour François Bégaudeau. Depuis l’époque où le volubile littérateur était chanteur/parolier au sein de Zabriskie Point, formation punk nantaise ayant connu son heure de gloire dans les années 90, je suis avec attention sa carrière et lis systématiquement ses romans. Ses textes beaucoup plus recherchés que la plupart des groupes punks de l’époque titillaient déjà mes papilles auditives et visuels. Son style, bien que balbutiant, était déjà là et la singularité de ce dernier s’est confirmée dès Jouer juste, son premier roman paru en 2003, soit quatre ans seulement après la fin de son aventure musicale.
François Bégaudeau a un rapport particulier à la ponctuation qu’il escamote régulièrement. François Bégaudeau a un rapport particulier aux expressions qu’il prend un malin plaisir à détourner. François Bégaudeau aime le punk et ne manque jamais, pour mon plus grand plaisir, de placer quelques groupes inconnus du grand public dans ses romans. (Vous connaissez Vulgaires machins ? Moi oui. J’ai même fait leur première partie il y a une vingtaine d’années lorsque moi aussi je jouais du punk !) Et François Bégaudeau a indéniablement un talent hors-pair pour écrire des romans iconoclastes faisant la part belle à la dialectique.
Alors si vous aimez les auteurs nihilistes écrivant des romans sortant de l’ordinaire, n’hésitez pas une seule seconde à vous plonger dans l’univers singulier de François Bégaudeau et dans ce Désertion qui envoie du bois.