Pour beaucoup de lecteurs français, avec Auður Ava Ólafsdóttir, ce fut l'amour à la première lecture, Rosa Candida, en l'occurrence, et une fidélité sans faille depuis lors. DJ Bambi n'est certainement pas son meilleur roman, bien loin de là, mais il a les vertus de la simplicité et de l'évidence pour un sujet qui pose sans doute encore quelques problèmes à certains. La narratrice du livre nous livre une sorte de journal intime, jour après jour, alors qu'elle entame les derniers mois avant de devenir enfin elle-même, après 60 ans de compromis et de frustration. Avec l'opération qui l'attend, elle va en effet s'offrir un corps complet, en adéquation avec ce qu'elle a toujours été, malgré des années d'apparence masculine, à savoir une femme. Au fil des pages, celle qui s'est prénommée provisoirement Logn (absence de vent) retrace son passé par bribes, de sa naissance à sa vie de couple et de père, en passant par les réactions de sa famille lorsqu'elle décide de ne plus mentir sur sa vraie identité de genre, une vérité qui la coupe de la plupart de ses proches, à part son frère jumeau au verbe rare, mais au soutien indéfectible. Mais le roman vaut aussi par la description de son quotidien, parfois mélancolique, souvent absurde, entre attaques sournoises de goélands et promenades avec une écrivaine prénommée Auður (?) qui s'intéresse de près à son parcours. On ne s'ennuie jamais avec l'autrice qui mêle avec subtilité réflexion lucide, sur la place des femmes ou la mort, par exemple, et poésie glanée dans le spectacle de la nature et les gesticulations des humains.