Eux
5.4
Eux

livre de Kay Dick (1977)

Je me suis lancé dans la lecture de "Eux" après avoir lu un article intitulé "Pourquoi il faut relire Eux de Kay Dick en 2023". Eh bien après avoir refermé ce livre, je dois admettre que n'ai toujours pas la réponse. Pourquoi relire Eux en 2023 ? Pour se rendre compte à quel point il y a toute une myriade de bouquins sur le même thème plus riches, plus percutants et plus haletants ? Je vous avoue que cette lecture me paraît des plus dispensables. Je m'explique.

Dépeindre une société dystopique au sein de laquelle l'art, les émotions et la subversion sont bannies est un exercice ambitieux et salutaire. Beaucoup d'auteurs brillants s'y sont frottés avec talent : George Orwell, Aldous Huxley, Margaret Atwood, Ray Bradbury, Philip K. Dick, Ira Levin... Ces bouquins sont généralement assez denses, décortiquent les structures d'un état totalitaire, décrivent l'enchaînement par lequel les libertés s'effondrent tel un jeu de dominos ou alors dépeignent le quotidien d'illustres inconnus confrontés à ces environnement terrifiants et les moyens qu'ils développent pour tenter de préserver leur humanité. En à peine 150 pages, avec marges généreuses et taille de police pour malvoyant, Kay Dick s'essaye à l'exercice... et le survole.

L'autrice semble vouloir livrer un texte universel, dans laquelle elle ne donne aucune indication sur le lieu, l'époque, le contexte de son histoire ou l'identité de ses personnages. Mais il me semble qu'il s'agit pourtant là des fondements élémentaires d'une oeuvre littéraire. L'universalité découle d'une situation contextualisée. L'universalité est implicite, sous-entendue, pas imposée. Dans le cas présent, on enchaîne des chapitres, qui sont autant de nouvelles, dans lesquelles on suit les mésaventures d'inconnus l'espace de quelques pages. Des livres disparaissent, des œuvres d'art sont détruites, des gens sont pris pour cible... Mais on ne sait ni par qui ni pourquoi. Et cela devient rapidement ennuyeux et désincarné. Contrairement à ce que sous-entend la quatrième de couverture, il n'y a à peu près aucune évolution au fil des pages et il me semble que les chapitres pourraient être lus dans n'importe quel ordre, sans que le livre n'y perde ou n'y gagne quoi que ce soit.

On enchaîne donc les pages avec un certaine distance. Des gens boivent du thé, (une tasse est servie à peu près toutes les trois pages, pas de doute sur la nationalité de l'autrice). Des chiens courent et aboient (toutes les trois pages également, en alternance avec les tasses de thé). Des enfants frappent des animaux et se font insulter par des adultes (j'avoue n'avoir pas compris la symbolique de ces passages). Des gens rient en voyant les autres se faire mal (toujours pas compris). Les célibataires sont pourchassés, mais l'amour est interdit (tout cela devient vraiment confus).

En résumé, nous voilà face à une société dystopique où des gens -dont on ne sait rien- appliquent une idéologie -dont on ne sait rien- dans un but obscur (lutter contre la "subversion" ?). Tout cela est un peu léger et loin du chef d'oeuvre annoncé. Ce bouquin a tout de même une qualité indéniable par rapport à beaucoup d'autres livres ennuyeux : il est court. Donc n'hésitez pas à vous faire votre propre opinion en parcourant ces quelques 150 pages si le cœur vous en dit. Margaret Atwood a adoré paraît-il.

ZachJones
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le 22 avr. 2023

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Zachary Jones

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