Le titre « Exercices d’admiration » est en soi explicite ; Cioran se livre à un exercice inattendu de sa part : l’exécution (!) de portraits d’écrivains. Et de commencer par un long examen des écrits de Joseph De Maistre où Cioran en profite pour faire ce qu’il fait de mieux, à savoir tirer sur le (non)sens de la vie : « Aux époques où nous prenons conscience de la nullité de nos initiatives, nous assimilons le destin, soit à la Providence, déguisement rassurant de la fatalité, camouflage de l’échec, aveu d’impuissance à organiser le devenir, mais volonté d’en dégager les lignes essentielles et d’y déceler un sens, soit à un jeu de forces mécanique, impersonnel, dont l’automatisme règle nos actions et jusqu’à nos croyances. » Et de retrouver les fulgurances de Cioran : « La justification de la Providence, c’est le donquichottisme de la théologie. »

Ensuite vient le tour de Paul Valéry dont Cioran vante la lucidité tout en la déplorant : « (…) la lucidité absolue étant incompatible avec l’existence, avec l’exercice du souffle. » Valéry, marcheur essoufflé...

De Beckett, Cioran souligne, tout en l’admirant, la difficulté, qu’il y a à le comprendre car « il ne vit pas dans le temps mais parallèlement au temps. » Beckett, sur un fil...

A propos de Saint-John Perse, chez lequel il trouve un côté visionnaire (sans le moindre accent chrétien, dit-il), Cioran extrait une phrase magnifique : « Et l’étoile apatride chemine dans les hauteurs du Siècle vert. » Saint-John Perse, poète lunaire...

De Caillois, Cioran note sa fascination du minéral, « son inclination au fragment plutôt qu’au système », son élégance. De Michaux, son attraction pour l’extase qui le fait rapprocher de l’expérience religieuse. De Fitzgerald, Cioran retient son côté désabusé, sachant que « le désabusement est l’équilibre du vaincu. » Fitzgerald à genoux...

A la fin du livre, cet aveu de Cioran qui ne cadre pas avec tous ces « Exercices d’admiration » : « Je n’ai envie d’écrire que dans un état explosif, dans la fièvre ou la crispation, dans une stupeur cuvée en frénésie, dans un climat de règlements de comptes où les invectives remplacent les gifles et les coups. » Cioran ou l’art de défaire.


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le 14 juil. 2026

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Philippe Erbs

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