Question : Est-ce que cela valait la peine de faire des infidélités à ma salle de cinéma préférée d’art et d’essai (qui jamais ne passera ce film) et de payer 12€ la place à l’UGC du coin pour aller visionner L’Odyssée ?
Réponse : Non.
Question : Est-ce un bon film ?
Réponse : Non.
Question : Est-ce un mauvais film ?
Réponse : Non plus.
C’est un film qui chemine, qui nous montre un long voyage, avec quelques mouvements, entrecoupé de stations (maintenant que j’y pense, il y a du chemin de croix dans cette odyssée). Christopher Nolan nous montre un Ulysse fatigué, qui endure (qui est dans le dur), l’Ulysse rusée de l’Iliade est usé. Comme un Ulysse tombé de cheval (sans révélation) bourré de remords, à la recherche de ce qu’il fût ou de ce qu’il pourrait être. On retrouve ici le thème du temps et de la mémoire (le souvenir) cher à Christopher Nolan mais qu’il a bien mieux traité dans « Memento». Le format de la série aurait certainement mieux rendu compte de l’Odyssée d’Homère que le format forcément ramassé d’un film.
Question : Quels sont les bons côtés du film ?
Réponse : Le film est proche de la narration d’Homère à quelques détails près. Ici pas de banquet opulent et coloré façon Péplum ; chez Circé comme chez Calypso, c’est sans couleur, c’est brut, simple, sans faste pas de luxe, il y a une volonté d’être réaliste et de ne pas y coller nos phantasmes d’une ère antique qui aurait été magique, merveilleuse et en technicolor. Ici les Dieux n’apparaissent pas (sauf Athéna en humble écho) ; Ulysse s’avère, à la réflexion, un brin stoïcien : « il y a ce qui dépend de nous, il y a ce qui ne dépend pas de nous. » (Epictète)
La scène concernant Circé est particulièrement réussie ; la transformation des hommes en pourceaux est admirable (elle ravira toutes les féministes, les hommes sont des porcs…).
Une seule séquence d’émotion, celle des retrouvailles entre Ulysse et Argos, toute en subtilité, sans emphase.
Question : Les moins bons côtés ?
Réponse : Ratées sont les scènes du Cyclope, de Scylla, les Lestrygons qui deviennent des chevaliers-cyborgs, tout droit sortis de « Games of Thrones » ou du genre « galactique ».
Le gros problème c’est que jamais on ne sait ce qui anime essentiellement Ulysse. Celui-ci est montré comme tourmenté et traversé par toutes sortes de sentiments, mais lesquels essentiellement ? Le regret, la nostalgie, la volonté d’oublier, la difficulté de choisir, le ressentiment, l’expiation ? Tout à la fois et donc rien de tranchant. Christopher Nolan rame... Il y a d’ailleurs comme un coupure (un vide) entre l’Ulysse au bord de l'anémie quittant Calypso et l’Ulysse qui va foudroyer les prétendants.
Oublions aussi le voyage (de noces ?🙃 de renouvellement des vœux ?🙃) qu’Ulysse et Pénélope entreprennent à la fin du film. Ils sont heureux, leur fils règnera, ragnagna…) Toujours ces épilogues à la con dans les films contemporains !