Fraenkel, un éclair dans la nuit de Gérard Guégan, publié en 2021, est un livre lumineux, au style curieux mais parfaitement adéquat au contenu traité : la vie et la pensée de Théodore Fraenkel, un grand homme qui ne voulait pas que ça se sache – un peu le contraire de quelques-uns des plus illustres de ses compagnons surréalistes. L’ouvrage n’est pas une biographie, il n’est pas un roman, pas davantage un essai : en fait un peu des trois, avec une subjectivité de l’auteur assumée mais au service de son projet de mettre en valeur son personnage ; un style qui mêle une prose savante et une oralité familière, pour approcher au plus près d’une époque et d’un acteur complexes, foisonnants, déroutants ; une rigueur dans l’enquête historique (impressionnante) qu’exalte la simplicité de l’exposition.
C’est une belle œuvre à la mesure de son sujet, ce superbe Théodore Fraenkel, qui préféra se taire et agir, comme amant (respectueux de la liberté des femmes qu’il aima), médecin (respectueux des patients, jusqu’à les accompagner dans leur demande d’avortement ou d’euthanasie), Juif persécuté (respectueux de tous les persécutés), révolutionnaire (respectueux des causes qu’il défendait, jusqu’à cacher ses engagements pour mieux les honorer), écrivain (respectueux du lecteur jusqu’au silence, qu’il pensera et pratiquera, anticipant et dépassant Blanchot), bref humain (respectueux de l’humain).
Si Guégan a su si bien faire connaitre Fraenkel, ne serait-ce pas qu’il s’y est reconnu ? En tout cas, son lecteur peut sans difficulté l’y reconnaitre, mutatis mutandis.