Je ne suis pas certaine de réussir à en faire une bonne chronique. C'est un roman que j'ai tellement aimé, que je crains de mal le défendre, que mes mots ressembleraient trop à des crottes et ne seraient pas dignes d'un tel récit.


Glukhovsky plante le décor d'un monde où l'immortalité offerte promet luxe, beauté figée et oisiveté sans fin à une élite repue. Plus de souffrance, plus de vieillesse, plus d'effort. Pourtant, derrière ce vernis éclatant, quelque chose cloche. En creux, le roman interroge : est-ce vraiment ça, la liberté ? Ou juste une camisole dorée, une illusion douillette qui anesthésie les âmes ? Les personnages, eux, ne saignent pas… mais le lecteur, lui, sent que quelque chose est mort. Sont-ils toujours vivants?


Dans ce monde déshumanisé, l'existence se fige dans une éternité sans fin, mais à quel prix ? Celle de la VIE? Car la naissance c'est le symbole de la vie. L'humanité, prise au piège de sa propre quête de perfection, se trouve face à un dilemme. Comment préserver cette immortalité, sans que le monde soit en surpopulation? En Europe, on a trouvé la solution, pas de naissance. Et si on veut un enfant, il faut que l'un des parents meurent pour laisser la place...


L'immortalité promise par "Futu.re" aurait pu être une utopie, une promesse de perfection infinie.

"On dit que, si les fourmis étaient capables de transmettre aux générations futures leur connaissance du monde, la planète leur appartiendrait et il n'y aurait pas de place pour l'homme. L'humanité a été jadis semblable à ces fourmis. Tout ce que créaient, pensaient et ressentaient des centaines de milliards d'individus a disparu sans laisser de trace, tout était vain. Nous apprenions toujours les mêmes leçons, nous construisons la tour de Babel avec du sable sec. Seule la jeunesse éternelle nous a transformés, nous les fourmis, en êtres humains. Les compositeurs des temps anciens perdaient la tête ou l'ouïe à peine avaient-ils compris la nature et les secrets de l'harmonie. Les penseurs retombaient en enfance, les peintres devenaient aveugles, sans avoir eu le temps de composer leurs plus grandes oeuvres."


Glukhovsky semble suggérer ici, que l'immortalité est l'essence même de la création humaine, chaque individu pouvant réaliser ses rêves : lire plus de livres, créer plus de tableaux... Pourtant, on voit plutôt les personnages, éternellement jeunes, se vider de sens au bord des piscines, leurs expériences et souvenirs réduits à des empreintes insignifiantes, des milliers de tableaux qui se mèlent les uns aux autres sans être regardés, comme si, en cherchant à dépasser la mort, ils avaient perdu ce qui faisait de leurs vies un véritable chemin.


L'ennui de l'Immortalité?


Le personnage de Jan, n'est pas un héros révolutionnaire, mais plutôt un homme du système, un rouage qui, peu à peu, se déconstruit. Dans cette société où la reproduction est réglementée de manière implacable, la naissance des "natifs" devient illégale, rare, et contrôlée par l'État.


Cependant, lorsqu'il est confronté de plein fouet au revers de ce système, il se trouve bouleversé par un phénomène qu'il n'avait pas anticipé : l'Amour inconditionnel.


Agapé



"De l'extérieur, on dirait que l'enfant use le parent, qu'il accapare son énergie, ses forces, sa vie et que, une fois l'autre essoré, il se contentera de jeter le parent exténué au rebut. Fin de l'histoire. de l'intérieur, ça n'a rien à voir. L'enfant ne vous dévore pas, il vous absorbe. Chaque minute qu'il a passée avec vous ne se transforme pas en merde jaune, en déchet. Je me suis trompé. Chaque heure reste en lui, devient un millier de cellules qui le font grandir. On voit tout le temps passé, tous les efforts; ils sont bien là, ils n'ont pas disparu."


Cette citation, la plus belle que j'ai pu lire pour symboliser la parentalité me prend aux tripes. Chaque instant passé à aimer devient une richesse plus forte que celle de l'immortalité. Cette transformation radicale, ce renversement de perspective, devient le pivot autour duquel le roman se développe. Ce que Jan avait perçu comme une perte, il le découvre comme une véritable naissance, une source de vie.


Le Symbole de la vie n'est pas dans l'Immortalité mais bel et bien dans la naissance et l'Amour transmis. L'Immortalité c'est la transmission de génération en génération, et non un état de stagnation permanent dans l'oisiveté.

Ce roman m'a d'autant plus bouleversée que, à l'époque où je l'ai lu, j'étais partisane des Témoins de Jéhovah, une foi où l'immortalité est un but, un absolu… Peut-être n'ont-ils pas compris le message profond de Dieu. Peut-être que l'immortalité n'est pas un paradis figé, mais un acte de foi renouvelé dans la transmission, dans le don de soi, dans un amour sans condition ni retour.


Mais cela, c'est une interprétation et une analyse totalement subjective.


Ce combat entre l'immortalité et l'humanité que Futu.re illustre avec une grande intensité, met en lumière les contradictions fondamentales de l'existence humaine. L'amour parental, d'une profondeur quasi religieuse, devient, dans cet univers déshumanisé, le seul rempart contre cette quête ennuyeuse de l'immortalité. Jan, d'abord détestant l'idée même de l'enfant, découvre à travers cette expérience un amour pur et absolu, cette agapè inconditionnelle qui dépasse tout autre désir.


Ainsi, Futu.re n'est pas seulement une dystopie sur l'immortalité, mais, pour moi, une ôde magnifique de l'Amour le plus pur, celui qu'un parent transmet à l'enfant jusqu'à se perdre, celui sacrificiel, celui des tripes

gabylarvaire
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le 20 févr. 2026

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