Glamorama est le bouquin le plus dur que j'ai jamais eu à lire. Et ce n'est pas par ce qu'il est violent et subversif, avec sa dose de drogue, de sexe et de meurtres. On a aussi ça dans les très mauvais et très infantiles Beidbeger ou Despentes, on a ça dans les hautement recommandables Pasolini ou Ryu Murakami, pour citer des exemples de littérature dite alternative.
Non, ici, c'est le style qui est en cause. Cette plume lourde et faussement maladroite, qui écœure n'importe quel lecteur, fusse t'il téméraire après 20 pages. Des références balancées jusqu'à indigestion, des dialogues sans queue ni tête, des personnages qui entrent et sortent du récit sans aucun sens ni logique, et sans que l'on puisse les identifier clairement.
Les 300 premières pages sont indignes d'un romancier professionnel. Elles sont pourtant indispensables à la construction du récit. 300 pages, c'est plus que Less than 0, quasiment autant que les lois de l'attraction, et à peine moins que American Psycho. Mais, il fallait bien ça pour déglinguer la vacuité des yuppies des années 90. Des gens tellement vide qu'ils ne peuvent même pas ressentir le désespoir. Des égéries interchangeable errant de soirées en soirées, de rail de coke en rail de coke, aisément remplaçables si le besoin se fait sentir. Nul besoin de appesantir sur de menus détails comme l’identité des gens auxquels on parle. Jamie, Lauren ou Allison? Peu importe, Victor Ward est beau comme un Dieu grec, et trouvera toujours une pute de passage pour réchauffer son lit.
Et, il y a la seconde partie. Plus posée (enfin, pour du Ellis), plus subtile (enfin, pour du Ellis). Avec enfin des vrais dialogues, une vraie intrigue, des vrais personnages. C'est où Victor Ward, coqueluche toxique du milieu mondain, centre ultime de l'attention de la jet set, se fait déconstruire à la tronçonneuse (vous l'avez). Oui, le récit est grotesque, les ficelles sont montrées par Ellis, les meurtres, le sexe, la drogue, tout cela est factice, sans importance. On jouit de voir ce connard arrogant comprendre peu à peu qu'il n'est qu'un pion dans un jeu plus grand que lui, qu'il n'est qu'une image, et une image gênante qui plus est. Victor Ward n'existe pas, et il va s'en rendre compte à ses dépends, et sans rédemption possible.
Ellis signe ici son œuvre la plus radicale. Nul besoin de la candeur vénéneuse de Less than 0 ou des lois de l'attraction, nul tentative de prétendre que son "héros" est sain d'esprit comme dans American Psycho. Dans Glamorama, seule la brutalité a sa place.