Aharon Appelfeld a 7 ans au début de la seconde guerre mondiale. Souvenirs des parents, des oncles et tantes, des grands-parents, du ghetto, de la déportation, puis l’évasion, l’errance…

C’est un livre sur la mémoire ; l’auteur se souvient ou/et tente de se souvenir ; il s’interroge sur sa propre mémoire, sur ce qu’il a vécu enfant : « Celui qui était adulte pendant la guerre avait emmagasiné des souvenirs et se rappelait les lieux et les gens, à la fin de la guerre il pouvait les recenser et en parler. (…) Chez les enfants ce n’étaient pas les noms qui étaient gravés dans la mémoire mais quelque chose de radicalement différent. »


Les scènes sont exposées quand même dans un certain ordre ; des bouts de mémoire que l’auteur essaye de disposer plus ou moins selon une chronologie temporelle (même s’il dit ne pas les avoir articulés ainsi). Ce sont donc des souvenirs reconstruits (qu’est-ce qui est souvenir ? Qu’est-ce qui ne l’est pas ? Qu’est-ce qui tient de l’imagination ?)


Les scènes du ghetto et du camp sont les plus fortes.

Pourtant tout n’est pas passionnant dans le récit. Le dernier tiers du livre restitue les années d’installation en Israël, expose les difficultés de l’auteur avec la langue, l’hébreu en l’occurrence (ce qui m'a particulièrement ennuyé), souligne fortement le tiraillement du jeune adulte entre volonté d’oubli et réminiscence du passé traumatique (on le serait à moins…).


Aharon Appelfeld dans sa préface écrit : « Que le lecteur ne cherche pas dans ces pages une autobiographie structurée et précise. Ce sont différents lieux de vie qui se sont enchaînés les uns aux autres dans la mémoire (…). Une grande part est perdue, une autre a été dévorée par l’oubli. (…) fragment après fragment, j’ai senti que ce n’étaient pas seulement les années qui les unissaient, mais aussi une forme de sens. »

Mais le problème c’est que l’auteur n’a pas réussi à transmettre au lecteur que je suis ce sens, ni même cette forme de sens. Alors on se contente de l’accompagner dans ses cruelles épreuves de son enfance et on le lâche (enfin pour ce qui me concerne…) au moment (aux deux-tiers du livre) où il s’interroge en tant qu’adulte sur tout ce qui fait (ou a défait) son identité.


philipperbs
5
Écrit par

Créée

le 5 mars 2025

Critique lue 6 fois

Philippe Erbs

Écrit par

Critique lue 6 fois

D'autres avis sur Histoire d'une vie

Histoire d'une vie
Thierry_Dupreui
7

Critique de Histoire d'une vie par Thierry Dupreuilh

Même s’il avait reçu le Prix Médicis étranger en 2004, il y a quelques semaines encore, je ne connaissais pas cet ouvrage « Histoire d’une vie » et encore moins son auteur, Aharon Appelfeld . Il a...

le 14 sept. 2018

2 j'aime

Histoire d'une vie
philipperbs
5

Souvenirs, souvenirs

Aharon Appelfeld a 7 ans au début de la seconde guerre mondiale. Souvenirs des parents, des oncles et tantes, des grands-parents, du ghetto, de la déportation, puis l’évasion, l’errance…C’est un...

le 5 mars 2025

Du même critique

Life of Chuck
philipperbs
6

Back-slide of Chuck

Le film est un triptyque construit à rebours. On commence par la fin : un premier tableau nous montre la fin du (d’un) monde où tout s’éteint doucement (plus d’internet ! Là c’est vraiment La Fin !)...

le 16 juin 2025

4 j'aime

Le Chaos qui vient
philipperbs
6

Big data & gros bêta

Le livre de Peter Turchin exploite d’immenses données historiques (big data) couvrant quelque 10 000 ans d’histoire et des centaines de sociétés afin d'expliquer pourquoi de nombreux États se sont...

le 26 oct. 2025

3 j'aime

Rembrandt
philipperbs
3

Sortie de route

Claire et Yves sont ingénieurs dans le nucléaire. Ils participent à des projets industriels démesurés. Le début du film donne la dimension des ambitions et montre bien la responsabilité des...

le 30 sept. 2025

2 j'aime