En voici une uchronie percutante et dont la base, en réalité très augmentée, bien entendu, est l'évolution de la démocratie américaine. Hystérie collective se développe autour d'une satire implacable du politiquement correct, à travers l'instauration de la Parité mentale, une injonction qui remet les individus à égalité et combat farouchement la méritocratie et surtout cet abominable "suprémacisme intellectuel." Très caustique, la plume de Lionel Shriver décrit avec une malice suprême une société qui vire à la dictature molle, c'est-à-dire non sanglante, mais discriminatoire, qui ne supporte plus les têtes (pensantes) qui dépassent. Le livre est jubilatoire, mais aussi effrayant, quand on réfléchit en quoi l'époque actuelle commence à s'en rapprocher, avec ses réseaux sociaux vindicatifs et ses influenceurs lamentables. Le cadre est posé, l'autrice prend évidemment comme héroïne une rebelle à la nouvelle norme, une mère de famille qui ne peut rester muette devant l'hystérie collective, quitte à y perdre son emploi, sa famille, sa réputation, et peut-être même, la raison. Le personnage est magnifique, pétri d'ambigüités et porteur d'un lourd passif familial. Le cœur du roman vibre avec sa relation avec sa meilleure amie qui devient peu ou prou son bourreau. Et comme dans un bon film d'Hitchcock, le méchant, en l'occurrence cette méchante, est particulièrement réussi, alliant la mauvaise foi et l'hypocrisie avec un style impeccable. La force du roman tient aussi à sa capacité à inclure des événements et des personnalités réels (La covid, le Brexit, Biden...) sans pour autant endommager la crédibilité de sa fiction. Quant au twist terminal, remarquable et sensé dans la dinguerie ambiante, il est tout aussi réjouissant et pertinent que le reste. Une vraie masterclass acidulée et narquoise.