Robert Badinter revient sur la condition juive à travers l’histoire de sa grand-mère Idiss. Un destin funeste, malheureusement très courant durant la première moitié du XXe siècle. Son affection pour elle, l’amène à retracer les évènements depuis le shtetl en Bessarabie jusqu’à Paris.
Ayant connu les premiers pogroms de 1903 et 1905 de Kichinev, Idiss a vécu au sein d’un territoire hostile aux juifs, un gouvernement tsariste cruel faisant très peu de concessions. Les juifs de cette époque voient en la France, un idéal républicain, le fameux pays qui a accordé la citoyenneté aux juifs en 1791. Ses deux premiers fils (oncles de Robert) se lancent dans ce voyage et commencent une vie à Paris rythmée par les études pour l’un et le travail pour l’autre. Elle les rejoignit plus tard avec son mari et sa fille (mère de Robert) pour quitter une vie pauvre et frugale.
L’auteur nous fait ainsi le diagnostic de la mentalité des juifs de France, une population parfaitement assimilée à la culture française, profondément patriote et ardemment républicaine. Il émane des juifs les plus prospères une culture du savoir, une passion du travail intellectuel qui pousse les jeunes générations à exceller dans les études pour obtenir leur place dans les professions les plus prestigieuses. Le concept de méritocratie n’a que très rarement fait l’objet d’une telle imprégnation. Leur amour de la France était si grand que même leur religion était au second plan de leur vie. Les rendez-vous rituels à la synagogue se faisaient de moins en moins fréquents et seules les fêtes les plus importantes leur donnaient l’occasion de renouer avec leurs coutumes ancestrales. Robert Badinter nous décrit des citoyens français qui n’ont finalement de juif que la culture. Jamais si grande fierté n’aura été si mal récompensée. La victoire allemande sur une armée française désorganisée, sclérosée par un Etat major imbu de lui-même et de son prestige honorifique comme le décrivait Marc Bloch, permet l’occupation allemande qui mènera au crime le plus terrible de l’histoire de la civilisation européenne.
La vie d’Idiss se résume à des espoirs d’une vie meilleure pour elle, ses enfants et petits-enfants, sans arrêt menacés par un antisémitisme qui prolifère au sein de la société occidentale. Subissant un cancer de l’estomac, sa condition physique se dégradant aussi promptement que la situation des juifs en France, Idiss mourra isolée, abandonnée par sa famille contrainte de fuir Paris et les arrestations croissantes. Robert, jeune adolescent, l’embrassa pour la dernière fois en laissant derrière lui un être qui l’a toujours aimé avec tendresse, que l’impitoyable barbarie nazie lui a sauvagement enlevée.