Roman assez court au style très particulier, Ilaria nous fait voyager à travers l'Italie durant l'enfance de son autrice. Alors qu'elle n'a que 8 ans, son père la "kidnappe" ; pourquoi les guillemets ? Parce que c'est un enlèvement plutôt doux au début, à base de "On retrouvera ta mère et ta sœur plus tard", "Pas d'école cette semaine, viens plutôt avec moi", "On reste à cet hôtel pour quelque temps", etc. Il ne faut pas longtemps au lecteur pour comprendre la triste réalité : son père la garde contre sa volonté. Et difficile, pour une petite fille, de se soustraire à l'autorité paternelle.
J'ai apprécié comment rien n'est dit directement, tout est suggéré : je crois que les mots "enlèvement" ou "kidnapping" ne sont pas écrits une seule fois dans le texte. Non, on vit ça plutôt comme un road trip, mais un road trip angoissant avec la menace du père toujours présente. En effet, c'est un père qui peut se montrer aussi bien tendre et aimant - la peluche, les surnoms - que dépassé par les évènements et malsain - l'apprentissage du vol et du mensonge, ses accès de colère. Au fil du roman, comme Ilaria, on apprend à s'en méfier. Ses coups de fil suspects et son entêtement à refuser de laisser sa fille parler à sa mère, en arguant que c'est cette dernière qui refuse la communication, construisent un environnement sordide et toxique duquel on espère que la jeune fille pourra s'échapper. Plus le père s'énerve, plus la fille est forcée de grandir trop vite et de perdre une partie de son innocence. Il y a tout de même des moments plus heureux : quand ils retrouvent le couple d'amis du père avec leurs deux filles, ou bien quand ils s'installent chez la grand-mère paternelle d'Ilaria, une bourgeoise au caractère bien trempé. Mais ces moments ne durent pas.
Je ne suis pas du genre à réclamer une happy ending systématiquement, mais j'étais tout de même très soulagé et touché qu'ici, ça se finisse bien !
Quant au style, il m'a fallu quelques pages pour saisir, et quelques pages de plus pour réellement accrocher. On aime ou on n'aime pas ; sans trop me forcer, j'ai fini par apprécier ce style très construit et oral, tout en restant dubitatif face à la construction des dialogues. Je ne dirai rien sur les pages avec une ou deux lignes et les marges énormes...
Bref, un court roman pour nous faire voyager, angoisser, espérer, vivre avec Ilaria. Note finale : 7/10.