C’est sans doute un des noms les plus puissamment évocateurs de la littérature : on entend Ivanhoé, et c’est toute une geste héroïque qui se met en branle dans notre imaginaire collectif, faite de combats spectaculaires entre de preux chevaliers et de fourbes usurpateurs, et de quelques déclarations d’amour courtois entre deux batailles.
A quelques détails près, ce tableau mental correspond bien aux 700 pages d’Ivanhoé, dont je vous épargne donc un fastidieux résumé. Le héros attaché à ce nom si mythique n’est pourtant pas des plus mémorables. Paradoxalement, il passe même les deux tiers du récit en coulisses, et est éclipsé par toute une galerie de personnages secondaires qui donnent sa texture particulière au roman : Wamba le bouffon et Gurth le porcher, et toute la clique de Robin des bois, dont la joyeuse truculence permet à Walter Scott de passer de l’héroïque au trivial en un instant, à la manière de Shakespeare ; le vieil Isaac et sa fille Rébecca, victimes des constantes persécutions qui visent les Juifs dans l’Angleterre du XIIe siècle, et sur qui Scott porte un regard non dénué de clichés mais plein de commisération et d’humanité. Tous, ainsi que les quelques personnages historiques réels parmi lesquels l’incontournable Richard Cœur de Lion, contribuent à composer un Moyen-Âge à l’authenticité douteuse mais en apparence cohérent et séduisant, dans lequel l’opposition atavique entre Normands et Saxons sert de catalyseur à une intrigue aux fils multiples mais aux enjeux simples : le maintien de l’honneur des Saxons natifs de l’île face aux occupants Normands.
Bien sûr, Scott ne s’embarrasse pas de la vraisemblance, et son léger manichéisme et sa tendance à ménager de faux suspenses résolus par des deus ex machina ont un peu vieilli, mais les couleurs riches et chatoyantes de ce Moyen-Âge de pacotille et la simplicité passionnée des sentiments exprimés par ses héros font évidemment d’Ivanhoé une lecture d’été idéale.