C’est un roman que vous ouvrez sans grande conviction car son quatrième de couverture paraît presque trop limpide. Ce qui compte dans Je suis Romane Monnier, c’est comment Delphine de Vigan déploie son récit pour mêler les vies de Thomas et Romane, à priori aux antipodes, mais se faisant écho lors de circonstances particulières. De prime abord, le lecteur est marqué par l’ « intrusion » du père de famille dans l’univers de la jeune femme.Une sorte de gène qu’il convertit par une quête de la vérité intérieure de Romane. Delphine de Vigan, avec un glissement progressif et intelligent sur les contenus du portable, expose la difficulté d’être d’une presque trentenaire à l’ère du tout numérique, des figures imposées et dans une ultime portion ses raisons profondes pour tout bazarder. L’auteure s’interroge sur les destinées, les moments charnières de Thomas et Romane et montre que de l’un à l’autre, les doutes, les moments de solitude ou d’angoisse persistent au sein même de leurs trajectoires. C’est intéressant de voir comment le portable peut porter sur la trame narrative d’un roman autant qu’il conditionne et calibre les individus pour se sentir acteurs dans la vacuité galopante. Delphine de Vigan aura donc réussi à ouvrir plusieurs portes, où fiction et réquisitoire sociétal s’en mêlent. Les derniers moments du livre sont incroyables car il demande à Thomas de se repositionner face à l’épuisement du contenu du portable de Romane et de statuer que même si la vie continue, il y aura toujours une place pour se demander ce qu’elle a bien pu devenir…