Alors, première question : est-ce que la personne qui a fait la 4è de couverture a lu le livre ? "Est-ce que les clowns vous ont toujours fait un peu peur ?" Mais... il n'y a pas de clowns ! Et ça ne fait absolument pas peur ! Joyland tient uniquement du drame fantastique (et encore, si l'on peut appeler deux visions et demi "du fantastique"), et non pas de l'épouvante. Eh oui, le sobriquet de Stephen King, cette couverture glauque (et surtout ce résumé de dos de roman complètement à la ramasse) vous auront peut-être trompé, mais Joyland ne fait pas du tout frissonner. On y suit Devin, un jeune homme qui fait la mascotte dans un parc d'attraction, qui se prend d'amitié avec un petit garçon mourant et sa maman au caractère fermé (on peut comprendre, vu ce qu'elle endure), saupoudré d'une enquête au sujet d'un meurtrier du train-fantôme... Il n'y a pas de clown (on ne sait pas ce que le gars chargé de la couverture a fumé), à aucun moment il n'y a d'apparition de fantôme (ce sont toujours des autres personnages qui disent avoir vu - après coup - un fantôme, sans que le personnage principal n'ait rien vu... Niveau fantastique, on a vu plus palpitant, surtout chez King), et concrètement l'ambiance est plutôt solaire, décontractée et vivante (à la Disneyland) dans ce parc familial, à dix mille lieues de la couverture de parc abandonné lugubre. Alors voilà, si vous venez pour lire un petit roman policier sans prise de tête, et avec un final aux fraises (les explications sur les
apparitions de fantômes n'ont aucun sens : pourquoi Eddie, le tenancier de la Maison des Horreurs, n'est-il pas apparu à Madame Fortuna, mais au pif à un gamin mourant à quelques kilomètres de là, en devinant au petit bonheur qu'il est voyant lui aussi ? Pourquoi le héros n'a-t-il jamais rien vu, alors que son pote Tom a vu le fantôme de la fille tuée, lui ? Pourquoi le serre-tête, lui, est visible ?...
On se demande en permanence "Pourquoi...", dans les cent dernières pages), Joyland vous conviendra quand même, car ses personnages sont ultra attachants, la "parlure" des forains est un dialecte assez amusant à découvrir (les traducteurs ont réalisé un travail formidable, et on les en remercie vraiment, ce qui est rarement fait), et la fin ne manque pas d'action. Si l'on accepte d'avoir autre chose que ce que vend la couverture du livre, Joyland est une agréable immersion dans les coulisses d'un parc d'attraction en compagnie de forains assez attachants.