Ayant vu le film il y a longtemps, avec en mémoire seulement quelques images floues, et après avoir entendu de nombreux éloges sur le roman original, j’ai décidé de tenter l’expérience.
Dès la lecture terminée, deux niveaux apparaissent clairement. Le premier est celui d’un thriller classique : un projet scientifique qui dérape et des personnages contraints de survivre face à des dinosaures. Cette partie, bien que divertissante, peine parfois à maintenir un suspense haletant. Les ficelles du genre sont visibles : les enfants sont intouchables, les « gentils » survivent, les « méchants » disparaissent. Une mécanique prévisible qui limite l’impact dramatique.
Le second niveau, bien plus intéressant, réside dans la critique sous-jacente de notre société capitaliste et consumériste. Crichton interroge la course effrénée au progrès scientifique, en particulier dans le domaine du génie génétique. La recherche médicale, coûteuse et peu rentable, est délaissée au profit d’applications ludiques, où le contrôle est moindre et les gains potentiels immenses. C’est ainsi que naît le projet Jurassic Park : une science débridée, guidée par le profit plutôt que par l’éthique.
Le personnage de Malcolm incarne cette réflexion. Herault de la théorie du chaos, il martèle l’idée que l’homme ne peut ni créer ni maîtriser la vie. Une machine, oui ; le vivant, non. Pourtant, son discours se heurte à une limite : il se réfugie dans une vision pessimiste, évoquant un âge d’or perdu et concluant par une phrase fataliste – « Les changements, c’est comme la mort : on ne peut pas voir avant d’être passé de l’autre côté » – qui n’offre aucune solution. Malgré cela, cette dimension philosophique enrichit le récit et se marie bien avec les aspects scientifiques, notamment l’opposition entre théorie et observation sur le terrain.
Enfin, la conclusion prolonge cette critique : personne n’assume la responsabilité du désastre, surtout pas l’avocat qui a contribué au financement du projet. Crichton dénonce ainsi un monde moderne où la quête du profit prime sur la prudence et où la responsabilité s’évapore dès que survient la catastrophe.
La fin ouverte laisse entrevoir des développements dans le second tome, que je suis curieux de découvrir