Et ben moi mon papa, il est serial killer !
Et si au décès de votre père, homme secret et intimidant, vous retrouviez dans ses affaires différents clichés dont un portrait de Betty Short, la fameuse "Dahlia Noir", pris vraisemblablement quelques jours avant sa mort ?
C'est ce qui arrive à l'auteur Steve Hodel, détective privé ancien flic de la LAPD (police de Los Angeles). Troublé par cette découverte, il se replonge dans l'affaire irrésolue et se forge petit à petit l'intime conviction que son père était bel et bien le sinistre meurtrier, jamais attrapé.
Ce livre n'est pas un roman, mais bien un long rapport d'enquête qui se révèle passionnant, divisé en plusieurs grands axes.
La première partie retrace la vie de ce mystérieux père, personnalité à proprement parlé hors du commun. L'auteur ne manque pas de se replacer dans le sillage de son père, en tant qu'enfant ou jeune adulte, balloté dans le sillage de l'existence de son géniteur...
La deuxième partie, la plus intéressante à mon sens, retrace le traitement de l'affaire du Dahlia Noir à l'époque. Le lecteur est alors immergé dans cette époque ou les accointances entre la presse et la police étaient monnaie courante, où la psychose régnait au rythme des unes de journaux plus effroyables les unes que les autres, tandis que la LAPD tenter de sauver la face dans une ambiance délétère, impuissante face à cette vague de meurtres horrifiants.
La troisième partie enfin, l'enquête à proprement parler, se lance dans la démonstration de la culpabilité de Georges Hodel, rapprochant son emploi du temps de celui de Betty Short, accumulant les coincidences, les faisceaux de preuves, laissant au final peu de place au doute. Le lecteur est bien entendu seul juge, l'effet Pygmalion n'est jamais bien loin... Steve Hodel ne se contente d'ailleurs pas de désigner son père comme le bourreau de Betty Short. L'auteur s'astreint à accumuler les faits imputant à son père toute une vague de meurtres similaires de l'époque.
Paradoxalement, la faiblesse du dossier tient au fait que Steve Hodel se met à présenter des preuves de moins en moins irréfutables au fur et à mesure de son enquête, pour accabler toujours plus son père sur des meurtres de plus en plus éloignés de l'affaire d'origine.
Sa démonstration n'en reste pas moins édifiante, l'intérêt principal de ce livre restant la minutie didactique avec laquelle il présente au lecteur ses preuves : photos, interrogatoires, anciens rapports de police, recoupement d'emplois du temps, etc.
Une lecture qui passionnera j'en suis persuadé tous les accros du genre polar. Personnellement je m'ennuie ferme quand je lis un polar, mais là j'ai été ferré avec brio, malgré un style "absent", au service du fond uniquement.