"Aujourd'hui maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais plus."
Probablement une des phrases d'introduction les plus célèbres, on ne compte plus les romans français et étrangers qui ont copié et réactualisé cet incipit, tant il a marqué la littérature contemporaine, à juste titre. Tant aussi il illustre parfaitement l'étrangeté de ce roman. Car l'étranger c'est tout autant le personnage de Meursault, dont on ne sait rien, si ce n'est qu'il a perdu sa mère et que ça l'indiffère, incapable de la moindre empathie, que le roman lui-même, un roman absurde, déphasé, au style concis, blanc, presque irréaliste dans la platitude de ce qu'il décrit.
Sans doute est-ce cliché que de le dire, mais L’Étranger est différent des autres romans, à cause de son originalité ce qui ne l'a pas empêché d’être devenu un classique de la littérature française ainsi que mondiale. Cela tient à l'étrangeté de son sujet . L'histoire d'un homme qui est indifférent, qui n'a pas de sentiments pour autrui, l'histoire d'un homme qui prend toutes les mauvaises décisions et qui les paye au centuple, l'histoire d'un homme qui tue pour une stupide, une sordide affaire,devenant fou à cause des coups de soleil qu'il a pris, l'histoire d'un homme terriblement indifférent. Puis le roman bascule dans le jugement de cet homme. Camus prend pour témoins les lecteurs, il juge son personnage. Ce n'est pas seulement le jugement d'un meurtre, c'est le jugement de la moralité d'un homme indifférent, incompatible avec notre société gouvernée par la sensibilité. L'indifférence est pire que le meurtre. Quand j'ai lu ce court roman pour la première fois, j'étais adolescente, et curieusement j'avais beaucoup d'empathie vis-à-vis de Meursault. Je m'identifiais à ce personnage rebelle, perdu dont le cœur est pendu, l’âme déchue . Et pourtant avant je soutenais un assassin, un meurtrier, qui a tué non pas par accident mais consciemment un autre homme, de plusieurs balles de pistolet. Adolescente j'admirais l'inhumanité de Meursault.
Au fond, tout le monde est un peu Meursault. Meursault n'est un pas un personnage, c'est le coté obscur, indifférent, indécent de l'homme. De plus ce qui est également frappant à travers ce roman c'est qu'il symbolise l'absurdité. Cela explique le rapport qu'entretient Meursault avec le soleil. En effet il semble commandé par le soleil comme si le soleil était un dieu meurtrier qui exigeait des sacrifices ainsi que des crimes. Le soleil peut rendre malheureux même quand on vit à Alger. Finalement ce personnage n'est pas sage il est réduit à n'être qu'un corps guidé par des pulsions. A tout instant il peut faire couler le sang d'un innocent. Quant au style du roman il est blanc, assez dépouillé. L'exemple le plus probant, c'est ce rendez-vous à la piscine avec l'amante de Meursault, une description sans sentiment, sans beauté, sans aspérité. Meursault contemple les seins de son amante et veut faire d'elle son esclave sexuelle. Autrement dit il n'a aucune dignité sauf à la fin du roman quand il meurt c'est un moment assez poétique, assez philosophique. Ce roman est stupéfiant, surprenant. Sa froideur attire notre cœur. Le pire c'est que Meursault dans sa façon de penser est parfois divertissant. Seul problème c'est son honnêteté que jamais il ne laissera de coté.
Finalement Meursault est asocial, vit marginalement, semblable à un autiste qui est triste.
Peut-etre devrait-il se suicider, ne pas exister. Mais malgré sa folie il a le mérite d’être lui-même. L’Étranger est donc un roman qui ne laissera jamais le lecteur indifférent malgré la froideur et la noirceur de Meursault.