Si je me pose la question c'est parce que j'ai eu l'occasion, par hasard, de lire Camus quelques temps après Kafka. N'étant pas un grand lecteur de littérature habituellement, je n'ai pu m'empêcher de faire le lien entre deux réflexions qui ne sont pas si éloignées que ça. L'oeuvre de Kafka à laquelle on pourrait comparer L'Etranger est Le Procès, bien qu'on pourrait conclure de la même façon avec La Métamorphose. La philosophie de l'absurde, c'est à dire la fatalité d'une destinée que l'homme ne peut changer face à l'univers, est présente dans les deux oeuvres.
Pour ce qui est de L'Etranger, Meursault est un anti-héro qui est détaché de toutes réflexion et pensée, qui paraît superficiel. C'est un personnage pour lequel on développe une certaine empathie malgré l'absence de sentiments et d'émotions qu'il porte. Pour moi, Meursault est devenu plus que vide d'expression : il subit sa destinée de façon assidue, propre ; voire il devient observateur de la fatalité. Pendant toute ma lecture, je n'ai pas cessé de penser que ce que je lisais était l'histoire d'une vie tombée dans la banalité la plus basique, une sorte d'échantillon témoin du destin.
En ce qui concerne l'oeuvre en elle même, je me suis ennuyé sur les premières pages. Le style est lent, les phrases son concises, trop brèves pour ma soif de grammaire mais on ne peut pas leur reprocher de ne pas rentrer dans le fond : elles renforcent clairement l'ambiance pathétique de la vie de Meursault. Je me demandais si j'allais devoir subir cet ennui le reste de ma lecture. Et bien oui, et non. Le style ne change pas, mais le moment charnière, là où j'ai commencé à apprécier, débute à la deuxième partie et plus précisément lors de la scène du meurtre, où j'ai vu une référence divine, rappelant l'absurde, dans le rôle du soleil.
J'ai apprécié ce livre. Je ne dirai pas que j'ai beaucoup aimé, mais je le recommande non pas pour son style (qui est barbant, faut le dire, mais c'est bien pour une raison) mais pour la réflexion qu'on en tire. Il reste une lecture facile et abordable, un peu plus que Kafka pour qui on peut reconnaître, a su écrire l'absurde avec une très belle plume.