Dans la grande famille du roman post-apocalyptique, on s'attend souvent au pire : lumière crue jaune moche pour dire qu'il fait trop chaud, routes poussiéreuses, bandes de dégénérés cannibales, seigneurs de guerre sanguinaires avec des battes de base ball en fils barbelés, humanité retournée à l'état de meute, scènes de survivalisme où l'on lutte pour une gorgée d'eau ou un morceau de twinkie. Des livres comme La Route de Cormac McCarthy, L'Obscur de Philippe Testa ou La Défense du Paradis de Thomas von Steinaecker nous ont habitués à ces visions radicales où l'effondrement révèle le pire de l'humanité.
Ici, l'auteur a choisi une autre voie.
Le monde a bien vrillé : une épidémie mondiale, la Grippe du Requin, a balayé plus de la moitié de la population comme un ampli qu'on débranche en plein concert (faut pas débrancher les amplis en plein concert, c'est mal.)
Le roman commence avec un couple qui erre dans sa maison de banlieue en quête de sens… avant d'en trouver un. Leur fille est tombée sous le joug d'une secte à l'autre bout des States (bah oui, plus c'est loin mieux c'est). Leur objectif devient alors limpide : la récupérer. Tout le reste devient secondaire.
Sur leur route, ils croisent dans cette Amérique, une galerie de survivants : des apôtres du pétard, des sédentaires rongés par la solitude, des collectifs nomades qui tentent de reconstruire quelque chose, une secte de confédérés sanguinaires et la communauté religieuse où leur fille est enfermée.
Cependant, ces rencontres restent brèves. Les personnages passent comme des silhouettes dans un paysage plus grand qu'eux, car une seule chose compte : leur enfant.
Alors vous me direz : mais comment échappent-ils à tout ça ? C'est justement le moment de lire le roman pour le découvrir.
Le récit est porté par la voix du mari, et c'est à travers son regard que nous percevons ce monde blessé mais pas entièrement perdu. On est donc loin du nihilisme brutal de nombreux récits post-apocalyptiques. Ici, l'effondrement laisse surtout derrière lui des gens seuls, mélancoliques, parfois encore capables d'espérer.
Le roman est intéressant par cette voie choisie.