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8 critiques
À l'instar de...
Ah ! Le bougre ! Je me suis fait avoir par une quatrième de couverture... ! Et trop d'argent dans la poche...En refermant le livre, on se retrouve face à une réflexion aussi existentielle que futile...
le 12 oct. 2025
Première grosse surprise de la rentrée littéraire 2025, avec ce livre complètement inattendu et délirant !!! Cyril Poirier, un contrôleur de gestion frustré, se rêve en grand écrivain mais ne parvient pas à être publié. Pour rentrer dans l'histoire de la littérature, il décide alors d'assassiner des auteurs célèbres.
Entre son titre d'essai on ne peut plus sérieux et son pitch de polar, ce livre se positionne d'emblée de façon originale dans le paysage romanesque. Car il s'agit bien d'un roman, et d'un roman de littérature blanche comme on dit ! Le style est magnifique, riche et fluide, le rythme au tempo croissant est maîtrisé, le livre se dévore littéralement d'une seule traite et on ne demande qu'à lire le prochain.
Le roman se structure autour de deux pôles, d'une part le monde du travail contemporain - les open-spaces, la moquette, les photocopieuses -, d'autre part le Paris littéraire de Saint-Germain-des-Prés. Dans les deux cas, le style est volontiers parodique, mais la parodie est criante de nature. Le propos de l'auteur se déploie scène après scène par petites touches bien senties et à travers ces phrases ciselées qui disent tout en quelques mots : le monde du travail moderne, avec ses bureaux gris et ennuyeux, est un esclavage contemporain ; le monde littéraire moderne est un spectacle permanent, un divertissement qui privilégie les auteurs à leurs œuvres.
L'auteur a sur le sujet une théorie radicale, clivante mais clairement exprimée dans l'avant-dernier chapitre : la grande littérature française, celle du XIXe siècle et de la première moitié du XXe, s'est compromise avec le fascisme. Après la Seconde Guerre mondiale, une méfiance du style s'est donc imposée, qui a appauvri le roman. Et l'auteur de citer Sartre et Duras comme les grands coupables de ce délitement. Effectivement, c'est clivant. Mais c'est une vision originale et revendiquée, et on ne peut que féliciter un auteur contemporain d'avoir un avis. C'est rare. On pourrait quand même noter l'absence de mention du Nouveau Roman, qui correspond bien à la critique que fait l'auteur de la littérature contemporaine, mais c'est un détail.
Ce qui est intéressant, c'est que cette vision de l'appauvrissement de la littérature entre en résonnance avec une vision plus globale d'un appauvrissement des relations sociales au prisme du monde du travail, comme je l'écrivais plus haut. Ces deux visions s'entrechoquent en permancence, et c'est cet étau qui écrase le narrateur, trop sensible dans ce monde des process et du spectacle permanent. On pense beaucoup plus à Gros-Câlin de Romain Gary/Emile Ajar qu’à Houellebecq, tout simplement parce que c’est beau alors que Houellebecq, c’est moche (Houellebecq est d’ailleurs caricaturé dans une scène hilarante).
Autre point intéressant, plus discret mais nettement affirmé : la lutte contre le patriarcat et la déconstruction de la figure vieil homme blanc. En effet, le narrateur, en voulant s'attaquer aux figures tutélaires de la littérature française, s'attaque d'abord à Sollers, Modiano, Le Clézio, bref de vieux hommes blancs. Il s'attaque ensuite à des hommes plus jeunes. Enfin, Yann Moix lui fait remarquer qu'il ne s'est attaqué qu'à des hommes, et le narrateur commet un attentat à la Closerie des Lilas lors d'un prix littéraire dédié aux autrices. C'est très drôle de voir Yann Moix quasiment avoir une intuition féministe, lui dont les déclarations anti-féministes sont si nombreuses. L'auteur se moque carrément de lui, et ça fait du bien. Moix est vraiment ridiculisé dans ce livre, du début jusqu’à la fin, et il ne l’a pas volé.
Dans le même esprit, le personnage secondaire de Camille, extrêmement touchant, est non genré. J'ai bien cherché, je n'ai pas trouvé d'indice quant à son genre. Le personnage est uniquement défini comme collègue de bureau mais, surtout, comme l'incarnation de la fidélité. Et dans le monde décrit par le livre, où le travail abrutit les gens et les écrivains ne sont que les coqueluches éphémères de médias qui le sont tout autant, ce point fixe, cet invariant est finalement le seul salut pour les individus sensibles. Dans le dernier chapitre, d'une tristesse sans fond mais d'une beauté infinie (on pense au Solitaire, l’unique roman de Ionesco), c'est littéralement la fidélité de Camille qui est le Salut. Faut-il y voir là une allégorie de la fidélité à ses convictions ? Seul l'auteur pourrait nous répondre, mais il le suggère fortement.
Bref, d'habitude, je n'aime pas trop les livres sur la littérature, mais là ça n’a vraiment rien à voir. C'est finalement un livre drolatique et piquant sur la solitude contemporaine, l'assèchement de nos existences par la vie de bureau et la culture formatée des plateaux télé. C'est très très bien écrit, très provocateur, bourré d'humour, mais aussi de moments émouvants, voire tristes. Et c’est très contemporain sans tapage, ce qui est rare.
À lire de toute urgence, génial.
Créée
le 10 sept. 2025
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4
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