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le 16 déc. 2022
SuivreCatherine et l'Iliade
Après plus d'un mois de lecture, j'ai enfin achevé l'Iliade !Pour commencer, ayant lu la traduction de Philippe Brunet, je ne peux que saluer la qualité du travail effectué dans l'ouvrage que j'ai eu...
A l'occasion de la sortie du film de Christopher Nolan, "L'Odyssée", qui m'a tellement déçu par sa platitude et sa vacuité, j'ai voulu revenir à l'origine, c'est-à-dire au texte d'Homère, histoire de retrouver le génie de ce texte, sa langue, son rythme, sa prosodie, et ce qui fait la grandeur de ce texte inaltérable : son sens de la dramaturgie !
Après avoir dévoré les quelques 400 ou 500 pages des très belles traductions de Philippe Jaccottet (plutôt littéraire, mais fluide et magnifique) et de philippe Brunet, qui est revenu aux origines de la poésie d'Homère en mettant l'accent sur la prosodie (l'hexamètre dactilique grec) et l'aspect oral de ce texte (qui était déclamé par un aède ou conteur), j'ai eu soudain l'envie d'enchaîner avec L'Iliade, dont la plupart des spécialistes s'accordent à dire que ce "texte" est antérieur à L'Odyssée.
J'ai découvert L'Iliade il y a plus de 30 ans par la traduction qui, à l'époque, faisait référence, celle de Paul Mazon aux Belles Lettres. Une traduction en prose qui ne rendait pas vraiment justice à la poésie d'Homère, mais qui avait l'avantage d'être relativement fidèle au sens du texte.
Bien de l'eau a coulé sous les ponts depuis et bien des traductions sont venues renvoyer la traduction Mazon dans les oubliettes d'une époque où l'on se souciait davantage du sens que du rythme. Mais voilà, le texte grec d'Homère, c'est d'abord et avant tout de la prosodie, du rythme, le fameux héxamètre dactilique de l'épopée homérique, et des autres !
Depuis 30 ans, plusieurs traduction ont vu le jour, notamment celle de Philippe Brunet qui a mis 20 ans a produire sa traduction, basée sur une approche métrique du texte, associée à un énorme travail autour de l'oralité originelle de L'Odyssée et de L'Iliade. Philippe brunet a généré toute une entreprise d'expression orale des textes d'Homère, notamment à travers la création de la Compagnie Domodocos dont l'activité consiste à mettre en action la poésie homérique en s'appuyant sur l'"Art aédique", l'art de déclamer la prosodie homérique. Un travail considérable !
De l'époque des textes d'Homère, vers le VIIIème siècle avant notre ère, les aèdes - qui étaient de véritables experts de la déclamation poétique - se constituaient en "confréries" dont l'objet était la compilation de récits (épopées) et la maîtrise de ces récits dans le perfectionnement d'un art, celui de la déclamation verbale.
On sait que les aèdes, qui étaient des compilateurs de récits, maîtrisaient à la perfection cet art de la déclamation, notamment en connaissant la plupart des épopées par coeur, ou tellement bien que cela leur permettait d'enrichir ces récits avec une grande part d'improvisation.
L'Iliade, beaucoup plus que L'Odyssée (qui est davantage "romancé"), garde les traces profondes de cet art aédique. L'Iliade n'est pas un texte facile à aborder. Il faut vraiment le prendre comme un texte du VIIIème siècle avant notre ère, qui met en action une poésie à la fois formulaire, répétitive et dialogique, qui accumule les noms et les épithètes, très probablement comme ça se faisait beaucoup du temps d'Homère.
Il faut accepter l'essence de ce récit pour entrer dans ce texte et en percevoir tout le génie !
Et la traduction extraordinaire de Philippe Brunet va beaucoup nous aider pour ce faire ! En entrant dans L'Iliade, il faut oublier où nous sommes, ce que nous avons lu, il faut oublier la poésie française dominée par l'Alexandrin pour nous replonger dans les origines de la littérature occidentale ! Car c'est bien de cela qu'il s'agit : d'un texte qui a littéralement fondé la culture occidentale !
Et l'on comprend pourquoi dès les premiers de ces quelques 15 693 vers d'une beauté époustouflante ! Il faut lire cette traduction à voix haute. Il faut la déclamer. Il faut entrer dans ce rythme très marqué qui va littéralement marteler notre lecture, qui va en être le moteur et qui va permettre le déploiement d'une ampleur et d'une puissance unique.
L'Iliade est un récit de guerre, d'une guerre héroïque, d'une guerre légendaire. L'aède Homère nous déclame un récit qui n'est pas de son temps, qui est déjà légendaire pour lui et ses contemporains, celui d'une guerre qui a eu lieu plus de 400 ans plus tôt. C'est comme si aujourd'hui on déclamait les conquêtes de Louis XIV !
Le rythme de L'Iliade est comme une pulsation qui martèle les vers pour mieux marquer les esprits avec un leitmotiv incessant, envoutant, enveloppant. Celui qui écoute L'Iliade est captivé, fasciné, emporté par ce rythme martelant de l'hexamètre dactilique ! On imagine l'impact sur l'auditoire d'un récit d'une telle puissance avec de tels effets oraux !
C'est ça L'Iliade ! C'est ça, mais c'est encore et surtout le génie de la composition de ce texte, l'incroyable mise en scène des situations, l'exceptionnelle dramatisation des scènes, la beauté des images et des symboles, la grandeur des personnages héroïques : Achille aux pieds rapides, l'Atride Agamemnon, le divin Ulysse, Aias insatiable de guerre, Diomède à la voix claironnante et tant d'autres ! Tous ces héros grandioses et rutilants qui luttent pour que leur nom demeure dans l'immortalité du récit légendaire de l'aède ! Sans même parler des dieux, omniprésents, omnipotents, qui participent aux combats en intervenant ici et là pour ou contre tel héros ! L'Iliade, c'est le récit où les dieux et les hommes appartiennent encore au même monde, celui des héros, des demi dieux, un monde à la fois proche et légendaire.
On se lasse pas de déclamer ces quelques 15 693 vers, on avance dans le récit avec un appétit croissant, on est captivé par la succession des situations, par les scènes grandioses des combats, par les dialogues grandiloquents des héros, par ce rythme très marqué qu'installe le poète et qui est comme l'essence du battement des armes, le galot des chevaux, le bruit des corps qui tombent au combat dans la plaine de Troie lorsque "la Moire au nom odieux le couvrit de son voile"...
Relire cette traduction de L'Iliade par Philippe Brunet est une réelle jubilation. C'est un plaisir toujours renouvelé, à chaque chant, de ce texte d'une force et d'une puissance jamais égalées. Je peux comprendre qu'on ait du mal à rentrer dans ce texte. Ce n'est pas facile. Mais quelle récompense quand on est parvenu à entrer dans cette poésie là !
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il y a 6 jours
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le 16 déc. 2022
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