vers l'infini, et au-delà
Saluons l'ambition d'un roman pareil. Déjà en ce qu'il concilie deux choses qui en apparence ne vont pas ensemble : la forme épistolaire, genre qui appartient, par nécessité, au passé, et la...
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le 31 déc. 2024
Saluons l'ambition d'un roman pareil. Déjà en ce qu'il concilie deux choses qui en apparence ne vont pas ensemble : la forme épistolaire, genre qui appartient, par nécessité, au passé, et la science-fiction prospective. Disons toutefois que c'est un faux roman épistolaire, en ce sens que le contrepoint n'existe pas, car les protagonistes ne recevant pas vraiment les lettres de leur correspondant, ils parlent plutôt pour eux-mêmes, pour ne pas devenir fou peut-être. En ce sens, leurs épîtres sont plus des bouteilles jetées à la mer par des naufragés désespérés.
Des naufragés du temps, disons le d'emblée : nous suivons en deux parties distinctes, d'abord l'homme, puis la femme, l'odyssée de deux personnes qui souhaitent se marier et doivent jongler avec le décalage temporel du voyage spatial pour se retrouver dans le futur. Cette idée de la relativité du temps n'est pas nouvelle, et encore moins en science-fiction, où elle est même devenue un lieu commun. Mais rarement cela aura été traité sur un ton aussi intimiste : car il faut le dire : ce roman à l'arrière-plan de science-fiction est en fait plutôt tourné vers l'humain et les émotions. C'est là que le genre pseudo-épistolaire porte ses fruits : les personnages cherchent naturellement à parler d'eux-mêmes : quel magnifique prétexte à l'introspection!
Plus la situation dérape, plus le saut dans le futur devient vertigineux. Et cela nous amène à la troisième partie, rompant totalement avec les deux premières, qui se présente comme une suite d'histoires mettant en scène un voyageur du temps cherchant à atteindre la fin de l'univers. Rattachée d'un fil ténu aux deux premières, c'est peut-être là que se niche la faiblesse du roman, mais rappelons que la science-fiction est à l'origine une littérature de nouvelles, et donc cette partie s'inscrit naturellement dans la grammaire du genre. On y trouvera d'ailleurs des échos à 2001 (en même temps, vu le titre français, on s'y attendait), et des passages qui rappellent la série des romans Cal de Ter (je n'oserais guère affirmer que c'est intentionnel). En revanche, on se retrouve noyés dans une avalanche de données scientifiques dont il sera impossible, sauf à être spécialiste de la question, de vérifier l'authenticité, ou du moins la possibilité théorique. C'est un peu ce qui arrivait dans La mort immortelle, de Liu Cixin, troisième volet de l'étonnante trilogie du Problème à trois corps, maintenant bien connue : à force d'ambition, on en arrive à un délire métaphysique un peu indigeste.
Mais cela ne devrait pas gâcher le plaisir de lire un roman de science-fiction aussi intéressant à plein d'égards. Sadoul disait en concluant son histoire de la science-fiction qu'au moment où il écrivait (milieu des années 1980 pour l'édition actuelle), celle-ci était dans un creux, mais qu'elle repartirait certainement de plus belle. L'avenir lui a parfaitement donné raison! Et à cet égard, les asiatiques, aussi bien japonais que chinois ou coréens (peut-être ailleurs aussi, mais je ne connais pas si c'est le cas), y ont une place prépondérante.
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le 31 déc. 2024
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