(Lu entre le 23/02/26 et le 25/02/26)
J'ai apprécié la première partie de ce conte rendu célèbre par Jean Cocteau puis par le film Disney, sans savoir que c'est la version de Leprince Beaumont qui fut privilégiée pour les adaptations. Le sujet de la jeune fille qui, par amour pour son père, devient l'otage d'un monstre auquel le père a volé une rose pour la donner à sa fille préférée est au cœur de la première partie. C'est évidemment la plus connue. C'est une héroïne vertueuse, prête à l'abnégation, sans intérêt matériel, contrairement à ses sœurs jalouses. Surtout, elle apprend à connaître la Bête qui est, dans cette première version, un monstre bête et écaillé avec une trompe qui rugit et respire fort. Ce n'est pas la Bête élégante à tête de lion que l'on s'imagine.
Dans la première moitié, l'ambiance onirique est bien retranscrite jusqu'à même être baroque. À l'image de cette fenêtre à partir de laquelle l'héroïne peut assister à des pièces de théâtre, des opéras, voir différents lieux, etc. Le château est un monde de théâtre avec ses illusions et ses optiques. Ce sont des oiseaux et des singes qui la servent, les valets sont des statues, la demeure est luxueuse, etc. Il y a plein de détails inventifs et cocasses. On ressent ainsi un côté intemporel dans ce lieu étrange dans lequel la jeune femme voit apparaître dans ses songes un beau prince qui l'invite à la rejoindre. Mais cette première version a déjà à cœur d'inviter son héroïne à aller au-delà des apparences, car elle veut rester loyale auprès de la Bête puisqu'il lui donne tout et qu'elle commence à l'aimer au-delà des apparences. Cela se suffisait à lui-même puisque la seconde partie, après l'acceptation de Belle de se marier avec la Bête, est vraiment barbante.
Je n'ai pas vraiment compris ces histoires de fées qui nous expliquent dans un long monologue pénible l'origine réelle de Belle. En gros, elle est la fille d'un roi mais, à cause de la jalousie d'une fée méchante, elle a dû être adoptée par son père marchand. On comprend que ce sont les fées qui régissent la destinée des humains ou du moins que leur rivalité influence celle-ci. L'explication des origines (il faut noter que celle de la Bête et de sa malédiction a été coupée dans l'édition, c'est dire comme cela est déjà long) casse toute la beauté plus insolite et merveilleuse de la première partie. De ce fait, j'apprécie la morale de l'amour et de la fidélité même dans les épreuves difficiles ainsi que l'idée que la réelle beauté est celle de la bonté et qu'elle triomphera toujours. Il est vrai que la morale pourrait être vieillotte si on la prenait du point de vue que ce serait celle de l'acceptation d'un mariage arrangé. Également, on s'aperçoit que Belle a finalement du sang noble et qu'elle n'est pas qu'une fille d'un marchand ; ainsi, le mariage peut se concrétiser.
Mais Belle n'est pas quelqu'un de matérialiste, contrairement à ses sœurs qui attendent de leur père d'avoir de beaux bijoux et d'avoir une vie de princesse. Certes, Belle aime cette vie lorsqu'elle se trouve dans le château de la Bête, mais elle s'en lasse car elle veut revoir sa famille qu'elle aime. Aussi, lorsqu'elle apprend qu'elle a du sang noble, elle veut continuer d'appeler son père adoptif son père et elle ne veut pas que les rapports changent malgré son nouveau statut de reine.Tout cela en fait un personnage très noble et très empathique. Sinon, comme je le disais, l'esthétique pastorale, précieuse et onirique m'a plu, mais je suis complètement sorti par la suite.