Dans La Colline, l'auteur fait le choix d'une restitution fragmentaire pour aborder ce que les faits divers ne disent généralement pas : l'épaisseur des existences qui se nouent autour d'un drame. Monroe Brunet, dix-sept ans, donne naissance seule dans son logement d'une cité rennaise, avant que son nouveau-né ne soit découvert dans un conteneur par un retraité du quartier. L'enquête qui s'ensuit, menée par des policiers confrontés au mutisme de la jeune fille, constitue la trame apparente du récit. Mais l'ambition du roman est ailleurs : convoquant tour à tour voisins, soignants, pompiers et membres de la famille, l'auteur compose une cartographie des solitudes et des non-dits qui ont rendu possible cette situation extrême. Chaque témoignage ajoute une couche sans jamais prétendre épuiser le réel, et cette humilité narrative constitue la première qualité de l'ouvrage.


Ce parti pris formel, qui mêle comptes rendus d'audition, journal intime et séquences plus romanesques, pourrait sembler artificiel ; il trouve ici sa justification dans la matière même de l'histoire. Le silence de Monroe n'est pas un vide à combler mais une présence à part entière, que les différents points de vue contournent sans jamais la percer tout à fait. L'auteur excelle à rendre sensible cette opacité, notamment à travers les personnages secondaires, la mère, froide et distante, le frère violent, la grand-mère guérisseuse, qui, chacun à leur manière, détiennent une part de la vérité sans jamais en maîtriser l'ensemble. Le procès-verbal du capitaine Jakaj, les constatations médicales sur l'hémorragie, les gestes du pompier Étienne : ces éléments factuels, rapportés avec une précision quasi documentaire, font contrepoids à la dimension plus symbolique du récit, où la corneille apparaît comme le double sauvage et protecteur de Monroe.


Mais c'est sans doute dans sa manière d'articuler le particulier et le général que le roman atteint sa plus grande justesse. À travers le destin d'une adolescente enfermée dans sa chambre et dans son corps, c'est une réflexion plus large qui s'esquisse sur les mécanismes de l'emprise familiale, sur la difficulté d'accès aux soins pour les plus précaires, sur l'isolement des jeunes mères. Les personnages de Madeleine et de Jacques, figures de soutien discret, rappellent que la reconstruction passe par des présences ténues mais continues, par des gestes plutôt que des discours. L'épilogue, où l'on voit Monroe tenter de se reconstruire avec son enfant, n'a rien d'une rédemption triomphante : il dit simplement qu'une forme de vie peut renaître, même après les pires dévastations. La Colline est de ces livres qui, sans emphase, rend compte de ce que la réalité sociale a de plus rugueux tout en maintenant ouvert l'espace d'une possible dignité.

Créée

le 12 mars 2026

Critique lue 13 fois

Critique lue 13 fois

1

D'autres avis sur La Colline

La Colline

La Colline

3

lireaulit

il y a 5 jours

Suivre

Critique de La Colline par lireaulit

Aïe aïe aïe, ça m’arrive assez rarement mais là, je n’en peux plus et j’abandonne. Je ne sais pas pourquoi mais j’y allais déjà un peu à reculons car les retours que j’avais au sujet de ce roman me...

La Colline

La Colline

8

Christlbouquine

le 1 juin 2026

Suivre

Critique de La Colline par Christlbouquine

Tout commence par la découverte d’un nouveau-né dans une benne à ordures d’une cité rennaise. Par miracle, l’enfant est vivant et aussitôt secouru et hospitalisé. Dans cette même cité, une jeune...

La Colline

La Colline

9

Kittiwake_

le 27 mars 2026

Suivre

Critique de La Colline par Kittiwake_

Lorsqu’il a descendu les poubelles sur l’injonction de sa femme, Jacques était loin de s’attendre à une telle surprise : parmi les ordures plus ou moins ensachées, un bébé vivant ! Le temps de...

Du même critique

The Last Viking

The Last Viking

9

La-derniere-seance

le 10 févr. 2026

Suivre

Drôle, brutal et d’une justesse psychologique remarquable

Dans la comédie noire surréaliste d'Anders Thomas Jensen, Mads Mikkelsen est magistral en Manfred, un homme dont l’existence bascule lorsque son frère cambrioleur, Anker, est arrêté. Ce dernier lui...

The Bride!

The Bride!

2

La-derniere-seance

le 4 mars 2026

Suivre

Quand Barbie rencontre Frankenstein

Il y a des projets qui sentent la naphtaline avant même d'avoir quitté la boîte de production. The Bride en est le parfait specimen : un Frankenstein décharné qui traîne sa carcasse entre le clip...

Les Rayons et les Ombres

Les Rayons et les Ombres

10

La-derniere-seance

le 19 mars 2026

Suivre

Dans la tête d'un collabo

Le Rayon et les ombres n’est pas un film de plus sur la Collaboration. Xavier Giannoli fait le choix courageux de la lenteur et de l’ambiguïté pour traquer, en trois heures quinze, ce qui se passe...