Manifestement, le privé Milo Milodragovitch est un personnage qui a quelques romans à son actif, mais comme c'est le premier que je lis, je n'en tiendrai pas compte. C'est un personnage de privé absolument traditionnel, du genre dont l'aventure s'écrit à la première personne sur un ton comique et cynique, le genre dur à cuire qui encaisse de sacrés coups, et que tout le monde essaie d'entuber, mais bien sûr il est malin le Milo, et il ne s'en laisse pas compter, et puis il a u grand cœur, au fond de lui ce qu'il veut, c'est que justice soit faite. Si notre détective se distingue un tant soit peu de tant de ses confrères, c'est par ce qu'il se prend dans la gueule, c'est du lourd, de la blessure de guerre, jusqu'à finir gueule cassée, on se demande comment il peut aimer son métier encore. D'autant qu'il n'en a pas besoin pour vivre, il est riche, il a ses propres combines, résultat manifeste d'opus précédents. Non, s'il reprend du service, c'est qu'il est sacrément masochiste, et un brin sadique aussi. Autour de lui vont graviter l'échantillon habituel de sales types, femmes fatales, trafiquants de drogues et bandits repentis.
Et de tout ça, la soixantaine dépassée, il en a sa claque le Milo. Seulement, mauvais comme une tique, il ne lâchera rien. Il a l'air décati? Il en profitera pour se faire sous-estimer, c'est toujours un atout.
Bien sûr, ça se lit sans déplaisir, même si l'intrigue est un brin trop tarabiscotée, vaut mieux être attentif quand on présente des personnages, parce que quand ça va ressortir, il y a intérêt à se souvenir de ce qui s'est passé, où on passe à côté niveau compréhension. Sinon c'est particulièrement noir, non seulement à cause de personnages bien pourris, mais aussi parce qu'on nous présente les grands espaces du Texas croulant sous les zones industrielles minables, un pays entier ravagé par l'exploitation outrancière, par la cupidité de capitalistes rapaces.
Le pire dans tout ça? C'est qu'on n'a aucun mal à imaginer que cela reflète fidèlement la réalité.