La Douce
7.8
La Douce

livre de Fiodor Dostoïevski (1876)

Un étonnement sévère (comprenne qui pourra).

Je vais finir par me lasser de n'attribuer que d'excellentes notes aux livres que je lis en ce moment. Pourtant, je dois avoir bon goût, je ne lis que des classiques, alors forcément, ceci justifie cela.

Et La Douce n'échappe pas à la règle. Un roman court, le récit d'un homme quelques heures après le suicide de sa femme. Un homme bouleversé, amoureux, profondément seul, méprisé, hautain qui raconte sa rencontre avec celle qui deviendra son épouse (dont le nom n'est pas cité par ailleurs, elle s'appelle juste "elle", ou la Douce une fois) et l'évolution de leur relation jusqu'au matin du drame. Un rythme soutenu, un ton emphatique, désespéré, étrangement lucide, une auto-persuasion/justification/flagellation et des regrets, beaucoup de regrets.
Tout cela sous les yeux clos de la morte, étendue dans son cercueil blanc sur la table. Ce qui donne une dimension un peu folle et effrayante au récit, "fantastique" comme l'a dit Dostoïevski lui-même.

Ce qui est frappant dans La Douce c'est à quel point le récit happe le lecteur. J'ai été totalement emportée et je l'ai dévoré, comme une triste gourmandise, empoisonnée mais au goût incomparable. Gare aux larmes qui pourraient surgir à vos yeux en lisant cette oeuvre.

Je tiens en dernier lieu à ajouter que l'héroïne, la Douce, est (était !) sans doute fondamentalement douce et honnête, mais il serait réducteur de ne l'appeler que douce. Certes, elle est seule, elle coud, elle chante, elle sourit, mais elle est aussi un peu démoniaque, un peu délicieusement fine, un peu jeune et sûre d'elle. La Douce, c'est une femme complexe qui évolue et qui fascine. Et le livre se pose ainsi en double portrait : celui d'une femme morte, celui d'un narrateur pathétique.

Créée

le 24 juil. 2011

Critique lue 1.4K fois

Eggdoll

Écrit par

Critique lue 1.4K fois

24

D'autres avis sur La Douce

La Douce

La Douce

6

Hunkydorus

le 2 févr. 2026

Suivre

La vie, à quoi me servait-elle après le revolver que levait contre moi l'être que je vénérais ?

Lu 28/01/26Deuxième incursion cette année chez Dostoïevski avec La Douce. Ne me sentant pas encore prêt à attaquer les chefs d’œuvre, je m’initie doucement à l’écriture folle de l’auteur avec ses...

La Douce

La Douce

7

Camille_D

le 16 févr. 2016

Suivre

Introspection

Après L'Idiot et Les Démons, je me suis laissée tenter par un autre livre, bien plus court celui là puisqu’il s’agit d’une nouvelle (je l’ai lue en deux soirs…), et qui s’appelle La Douce. Publiée en...

La Douce

La Douce

10

Livrepoche_fr

le 8 oct. 2015

Suivre

Parce que Dostoïevski

Extrait du blog : La douce de Dostoïevski, c’est l’exemple parfait de ce que je pense de Dostoïevski, sur sa façon d’écrire. C’est un exercice de style magistral sur le langage, sur le fil de la...

Du même critique

La Vague

La Vague

5

Eggdoll

le 22 avr. 2011

Suivre
Dernière modification

le 16 sept. 2012

Un film qui pose de bonnes questions en y répondant mal.

De la gêne, c'est ce que j'éprouve en me donnant pour mission de critiquer ce film. Car malgré ses défauts évidents et gros comme... enfin gros quoi, j'ai plutôt passé un bon moment, et mettre moins...

Salò ou les 120 journées de Sodome

Salò ou les 120 journées de Sodome

8

Eggdoll

le 6 mai 2012

Suivre

Au-delà de la dénonciation : un film à prendre pour ce qu'il est.

Les critiques que j'ai pu lire de Salo présentent surtout le film comme une dénonciation du fascisme, une transposition de Sade brillante, dans un contexte inattendu. Evidemment il y a de ça. Mais ce...

Les Jeunes Filles

Les Jeunes Filles

9

Eggdoll

le 22 mars 2017

Suivre

Un livre haïssable

Et je m'étonne que cela ait été si peu souligné. Haïssable, détestable, affreux. Allons, c'est facile à voir. C'est flagrant. Ça m'a crevé les yeux et le cœur. Montherlant est un (pardonnez-moi le...