La Maison noire, le premier livre lu de cet auteur japonais m'a incitée à découvrir le très remarqué La leçon du mal, un thriller éprouvant et fascinant, phénomène éditorial au Japon, publié sur le tard en France, mais adapté en manga ainsi qu'au cinéma.
Seiji Hasumi est professeur d'anglais dans un lycée de Machida: consciencieux et impliqué, il est populaire auprès de ses élèves. Côté face. Côté pile, il est un psychopathe hors-norme, au passé préoccupant. Membre de l'équipe de surveillance du lycée, il accumule les informations sur son entourage, élèves et professeurs, connaît les secrets des uns et des autres et se permet de les faire chanter. Il considère le lycée comme un « vaste plateau de jeu d'échecs », et admet avoir en Tsurii, un professeur de mathématique, un adversaire intéressant. Comme dans chaque établissement scolaire, les harcèlements, vols et tricheries sont quoditiens, mais Hasumi a la solution pour chaque problème, et en tire bénéfice… A la suite de petites coïncidences, trois élèves se posent des questions à son sujet… Mais Hasumi ne tolère pas l'adversité.
Ce thriller ! Sidérant, effarant… Intense, addictif… Un huis-clos dans un lycée, qui a pour personnage principal un professeur idéal aux yeux de tous : adulé des élèves, admiré par les collègues, apprécié de la direction, Hasumi est une pièce maîtresse de l'établissement et tout semble tourner autour de lui. Mais le jeune professeur, séduisant et talentueux, est un monstre. Un vrai. Il manipule son entourage à sa guise pour s'octroyer le meilleur : une élève dont il fait son jouet sexuel, un professeur qu'il fait chanter en échange de biens matériels… Lorsque la situation s'envenime, il est prêt à tout. Et tout veut dire le pire…
Au tout début de ma lecture, il m'était difficile de m'y retrouver au milieu de ces patronymes japonais aux consonnances inhabituelles et un nombre incroyable de protagonistes. Ma plus grande crainte, comme la vôtre peut-être, a été de tout mélanger, de perdre pied. Mais c'est sans compter le talent de l'auteur qui parvient à faire émerger les personnages principaux au milieu des subalternes. le rythme de l'intrigue est intense, les chapitres très longs, mais nous voilà obligés de tourner les pages sans nous soucier de l'heure: le roman est impossible à lâcher, car on se demande jusqu'où va aller cet odieux personnage.Yusûke Kishi nous happe dans l'enfer qu'il a créé, ne nous lâche pas, il fait de nous, lecteur, sa chose hypnotisée par la catastrophe qui arrive. Nos maigres espoirs vite balayés, ce livre ensanglanté pèse lourd dans nos mains…
L'intérêt de ce livre, outre sa construction diablement maîtrisée et son suspense infernal, est de poser un regard critique sur la société japonaise, régie par des règles sociales très strictes et un fort attachement aux traditions que viennent contrecarrer un modernisme et une influence occidentale non négligeable. le récit se déroule en huis-clos et se concentre sur la vie au lycée, qui est vraisemblablement très proche de notre modèle européen. J'ai dans un premier temps été surprise toutefois de l'intérêt que porte l'institution à la santé mentale des élèves. En effet, chaque élève a un entretien avec un psychologue pour établir un bilan de personnalité, ce qui semble très positif et devrait servir de modèle à notre pays. Toutefois le but est-il de préserver l'individualité, de venir en aide aux élèves dans le besoin ou à l'inverse de créer de bons petits soldats et d'évincer les cas problématiques ? le doute est permis…
L'auteur écrit en virtuose, chef d'orchestre d'un ballet macabre, encensé par la critique. Il fallait oser écrire ce roman !