Petit texte très court mais passionnant de Schopenhauer qui s’en prend à la “littérature de passagère”, l’écume écrite à la va vite par les cerveaux moyens, pour le grand public et pour l’argent, et lui oppose la “littérature permanente”, les grandes oeuvres, qui doivent lutter à 100 contre 1 contre la médiocrité ambiante. La lecture en tant que telle ne signifie rien, si l’on se contente de lire les produits de consommation formatés par l'industrie littéraire dans l’unique but - social - de participer au jeu mondain de la discussion d'actualité. J’avoue m’être souvenu, à la lecture de ce passage, m’être infligé des livres comme “Merci pour ce moment” ou plus récemment le “génie lesbien”, qui m’ont certainement plus abruti qu’autre chose. Cette critique pourrait sans peine de nos jours s'étendre au cinéma, tant toute la production antérieure aux années 1990 semble avoir été planquée aux archives.
Par ailleurs, plutôt que de continuer à lire avec frénésie tout ce qui se lance, Schopenhauer recommande une économie de la lecture : moins lire, mieux lire, ruminer un choix de grandes oeuvres classiques que l’on se doit de judicieusement sélectionner pour leur qualité intemporelle, et non leur actualité. Les lire deux fois de suite, car l’esprit, comme le corps, n’absorbe qu’une petite fraction de ce qu’il ingurgite.
Et c’est bien parce que la lecture représente “la quintessence” d’un esprit, et que le temps est limité, que l’on se doit de choisir les meilleurs, mais de s’y concentrer pour “délaisser la conversation”. J’avoue ne pas trop être d’accord là dessus avec le père Schopenhauer et être plus convaincu par l’argument inverse de Platon, qui estimait que par la conversation, on peut réellement approfondir la pensée (car le dialogue est une réflexion “sur mesure” entre deux individus), alors que le livre, comme d’ailleurs le rappelle Schopenhauer en tout début de texte, est figé
.
Mais sur le fond ce texte, ou plutôt ce chapitre, est remarquablement d’actualité quand on considère qu'à notre époque, la “rentrée littéraire” est devenu le seul moment où l’on parle de littérature.