J’ai terminé La Maison Noire (1997) et globalement, j’ai passé un bon moment. Un peu de mal à rentrer dans l’histoire au début, mais à partir du chapitre 3, ça a vraiment déroulé.
Il s'agit d'un roman plutôt facile à lire. Le style de Yusuke Kishi est original, avec une construction des phrases qui porte clairement la marque d’une traduction du japonais. Loin d’être un défaut, ça apporte une fraîcheur et une « nouveauté » que j’ai beaucoup appréciée, d’autant que c’était probablement mon tout premier roman japonais. On tourne les pages sans s’en rendre compte, et on arrive au bout presque malgré soi. Le suspense est vraiment haletant. L’auteur sait parfaitement mener son lecteur, avec des fins de chapitre bien placées et des rebondissements efficaces, même s’ils sont parfois un peu artificiels.
L’histoire est originale dans son cadre. On suit Wakatsuki, un employé d’une compagnie d’assurances chargé d’enquêter sur des dossiers de décès suspects. Ce qui commence comme une simple vérification de routine autour de la mort d’un enfant dans une demeure sinistre (la fameuse Maison Noire) va peu à peu se transformer en quelque chose de beaucoup plus sombre et étrange. Le mélange entre thriller et séquences d’horreur pure est particulièrement réussi, surtout dans les passages les plus intenses autour de la disparition et de ce qui entoure l’enfant. On oscille entre les deux genres de manière très agréable, et la fin m’a vraiment plu. Cela m’a rappelé, par moments, l’ambiance que j’aimais chez Stephen King il y a maintenant des années.
Côté négatif, le gros point faible pour moi, c’est qu’on ne s’attache à aucun personnage. Wakatsuki n’est pas antipathique, mais on reste complètement extérieur à lui. L’auteur tente plusieurs fois d’explorer sa vie privée, son passé, ses cauchemars et son quotidien, mais ça ne prend jamais vraiment. C’est pareil pour sa petite amie psychologue, ses collègues de la compagnie d’assurances… Tout reste très froid et factuel. Le roman avance à tambour battant, ce qui est sa plus grande force, mais qui devient aussi sa limite. Il manque de passion, d’émotion.
Les considérations psychologiques m’ont parfois semblé un peu surannées (effet années 90 ?), avec des portraits un peu trop gros et des dialogues qui m’ont fait bailler. Et puis il y a les ficelles narratives. Wakatsuki a parfois des révélations fulgurantes, il déduit soudainement trois milliards de choses d’un seul coup et traite ses intuitions comme des certitudes absolues. On sent un peu trop l’intervention divine de l’auteur derrière le cerveau du héros. Enfin, oui, le monde des assurances est un cadre original… mais terriblement austère. Ça ne fait pas rêver, haha !
En résumé, La Maison Noire est un thriller vraiment efficace, original dans son univers et dans son mélange des genres, qui se lit d’une traite grâce à un suspense bien maîtrisé, mais qui manque un peu d’âme dans le développement de ces personnages. J’ai quand même bien aimé et je compte bien lire ensuite La Leçon du Mal (2010), un classique du même auteur. Une lecture que je ne regrette pas et vous lrecommande volontiers.