C'est un tout petit livre. En le voyant, on se dit, en 2h ce sera lu. Et pourtant... À vrai dire, j'ai mis 3 semaines à le lire et j'ai failli abandonner, je l'avoue.
D'emblée, on peut rester perplexe. On peut même se dire : c'est sec, voir aride, austère, dépouillé; on peut même se dire que c'est franchement ennuyeux et qu'on n'en voit pas le bout malgré ses 112 petites pages.
Et pourtant ...
Il faut peut-être avant tout s'interroger sur le geste d'Annie Ernaux, geste paraissant de prime abord tout simple, mais en réalité infiniment complexe : comment dénuer un récit de souvenir au maximum de tout élément subjectif ou de tournure de langage qui ferait aller le souvenir au-delà de celui-ci. C'est un effort constant de relater les faits au plus proche possible de ce qu'ils sont ou ont été sans les trahir, en prenant le risque d'une écriture pénible car dénuée de tout élément pouvant en réalité tenir en haleine.
Une lecture aride, donc. Et pourtant, le geste, en procédant ainsi, n'est-il pas infiniment honnête ? En nous livrant une réalité la plus brute possible, la plus morne aussi, Ernaux ne renvoie-t-elle pas à quelque chose de plus proche de la vérité car dénué d'éléments du registre romanesque ? N'est-ce pas celle-ci, la réalité la plus honnête, si l'objectif était d'écrire en la trahissant le moins possible ?
Aussi dépouillée et longue - car morne - est sa lecture, force est de constater qu'à la fin, le lecteur a tout le loisir de s'interroger sur l'éthique du geste.
Et c'est peut-être à ce moment que l'on se dit que l'on a peut-être bien fait de le lire, et eu le sentiment d'avoir pu s'immerger dans une part de réalité terminée, un peu effacée. Une temporalité retranscrite, un passé qui ne reviendra pas, des personnes maintenant décédées et qui ont été ce qu'elles ont été, ni plus ni moins.
C'est peut-être pour toutes ces raisons que l'on se dit enfin que ce livre a en fait, peut-être trouvé sa place.