La Proie
7.6
La Proie

livre de Deon Meyer (2018)

C'est visiblement un Deon Meyer en colère, excédé par la kleptocratie sud-africaine (le mot est écrit à plusieurs reprises), celle du président Zuma, pour ne pas le nommer, qui a signé La proie, l'un de ses meilleurs livres à ce jour, tout autant polar survitaminé que brulot politique. Le roman est bâti autour de 2 intrigues qui ne se croiseront que vers le dénouement, avec une grande maîtrise narrative. Entre Bordeaux et Le Cap, en passant par Amsterdam et Paris, l'auteur plante longuement et successivement le décor de ses deux histoires, avant de les alterner rageusement, plus le livre et l'action progressent, comme un cœur qui battrait de plus en plus vite. La manière est remarquable, le fond ne l'est pas moins, détaillant comment fonctionne une "démocratie" corrompue et sous influence, héritage putride des années Mandela. Les personnages sont toujours aussi attachants, à commencer par son duo familier d'enquêteurs Griessel et Cupido, aux prises avec des problèmes personnels, sentimentaux, entre autres, qui viennent alléger les trames policière et politique du récit. Deon Meyer n'oublie jamais d'humaniser ses protagonistes, à la façon d'un Mankell ou d'un Indridason, et c'est encore plus vrai avec le dénommé Daniel Derrien, réfugié en France, qui va reprendre du service comme au temps de l'apartheid, puisque la période est presque aussi désastreuse. A noter que les pages consacrées à ses déambulations dans Bordeaux sont d'une précision redoutable, témoignant d'un amour non dissimulé pour la capitale girondine. Malgré un final un peu précipité, La proie est un millésime de haute volée de Deon Meyer, un écrivain qui semble incapable d'écrire un mauvais livre. Les plus curieux auront remarqué que son roman précédent, Die vrou in die blou mantel, n'a toujours pas été traduit en français. Serait-il moins brillant que les autres ? Le mystère ne devrait pas tarder à être levé, espérons-le, si Gallimard le veut bien.

Cinephile-doux
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Mes livres de 2020

Créée

le 21 nov. 2020

Critique lue 256 fois

Cinephile-doux

Écrit par

Critique lue 256 fois

2

D'autres avis sur La Proie

La Proie

La Proie

6

AtefAttia

56 critiques

Critique de La Proie par Atef Attia

Retour dans les clous de Deon Meyer après le cataclysmique ''L'année du Lion''. Le plaisir de retrouver son inspecteur fétiche Benny Griessel est presque aussi vite éclipsé par celui, plus grand, de...

le 23 déc. 2021

La Proie

La Proie

6

Ilnyakemaille

700 critiques

Critique de La Proie par Ilnyakemaille

toujours plaisant de lire un Deon Meyer, on y retrouve plusieurs des acteurs d'ouvrage précédent une partie de l'action se déroule en France et l'on sent tout l'amour de Deon pour ce pays, mais Deon...

le 7 avr. 2022

La Proie

La Proie

7

Homegas

156 critiques

Un polar entre Amsterdam, Bordeaux et Le Cap

Je me suis un peu lassé des romans policier. Ils ont trop souvent à mon goût les mêmes travers: des personnages caricaturaux (des flics torturés, (ex)alcooliques, divorcés, assez indépendant), une...

le 11 sept. 2021

Du même critique

Anatomie d'une chute

Anatomie d'une chute

6

Cinephile-doux

8223 critiques

Procès d'intentions

Depuis quelques années, le cinéma français, et plus particulièrement ses réalisatrices, trustent les lauriers dans les plus grands festivals. Au tour de Justine Triet d'être palmée à Cannes avec...

le 28 mai 2023

France

France

8

Cinephile-doux

8223 critiques

Triste et célèbre

Il est quand même drôle qu'un grand nombre des spectateurs de France ne retient du film que sa satire au vitriol (hum) des journalistes télé élevés au rang de stars et des errements des chaînes...

le 25 août 2021

The Power of the Dog

The Power of the Dog

8

Cinephile-doux

8223 critiques

Du genre masculin

Enfin un nouveau film de Jane Campion, 12 ans après Bright Star ! La puissance et la subtilité de la réalisatrice néo-zélandaise ne se sont manifestement pas affadies avec Le pouvoir du chien, un...

le 25 sept. 2021