Le deuxième volet de la trilogie harlémite de Colson Whitehead laisse penser qu'il cherche à marcher sur les pas de Ellroy et de ses symphonies policières. Modèle prestigieux si c'est le cas, et réussite mitigée, mais réussite quand même. Car cette Règle du crime ne démérite pas par rapport au premier volet. On y suit toujours Carney, quoique moins que dans le premier volume, qui se met toujours dans des histoires impossibles. Le jeune papa juste un peu filou est maintenant membre de la "bourgeoisie de Harlem", et il a raccroché, il s'en tient au commerce de meubles.
On se doute bien qu'il va replonger, mais c'est sur un prétexte si futile que cela en devient risible. Le rêve de sa fille d'avoir des billets pour un concert des Jackson five va déclencher un flot d'hémoglobine.
Divisé en trois parties dont chacune est une intrigue distincte, le roman appelle ce lieu commun de crier à l'inégalité. Sacrifions-y, en disant que la deuxième partie est plus faible, d'ailleurs Carney en est quasiment absent. Nous y suivons Pepper, dont le cheminement des pensées est définitivement un régal, qui doit retrouver une starlette disparue lors d'un tournage, ce qui là encore va déclencher une catastrophe, tout en renouant avec un personnage du premier opus.
Pepper entre temps est devenu un superhéros, il ne lui manque plus que le costume. C'est d'ailleurs un peu léger de l'envoyer partout comme un deus ex machina sur pattes.
Plus axé polar que le précédent, La règle du crime, s'il n'égale sans doute pas les plus belles réussites de Colson Whitehead (je me fais lyncher si je donne en exemple Apex et Ballades pour John Henry?), reste un plaisir de lecture certain, et ne démérite pas face au premier. Nous attendrons avec plaisir un troisième volume.