Chaque page offre un étonnement, un paradoxe, une matière à réfléchir. Je le lis lentement (200 pages sur 500 en un mois - d'ailleurs ceci n'est probablement pas mon avis "final" si tant est qu'un tel truc existe) Ravissement de lire une oeuvre aussi vive intellectuellement, malgré ses 2400 ans d'age, et ravissement "archeologique" de découvrir dans le détails tout le contexte et les intellectuels de cette antiquité athénienne extraordinairement sourcée. On lit deux page et on explore, les notes, l'intro, wikipedia, telle revue, tel autre livre de Platon ... c'est un monde en soit. Les raisonnements de Socrate sont tarabiscotés, parcellaires, parfois de mauvaise foi, en face de lui les sophistes qu'il affronte sont si insuportables dans leur certitudes de bourgeois, si cyniques qu'on lit, aussi, pour le coté vengeance, comme dans un épisode de Columbo, où Socrate va triturer ses interlocuteur de sa maïeutique jusqu'à leur épuisement. On dit que dans ce livre ci, Platon laisse de coté l'aporie (la non-résolution des questions, qu'il affectionnait dans ses premiers papyrus) pour au contraire, placer ses théories. mais ce n'est pour le moment pas mon ressenti (et je sais que l'allégorie de la caverne arrive). Les déductions sont si subjectives qu'à l'instar des amis de Socrate -qui lui font la même remarque - l'aporie prédomine et les questions restent. Alors peut-on aimer la justice non pas seulement pour ses conséquences, mais pour elle même ? Et quel rapport avec le bonheur que procurerait, selon Platon, la justice en soit ? Et que faire de ses délires fascistoides dans la conception de sa cité parfaite ? Alterner Platon avec Epicure et Lucréce, qui offrent un contrepoint satisfaisant là dessus, est un délice