Petit essai en deux parties, *La Tentation nihiliste* de Roland Jaccard propose d’abord une plongée dans la pensée du vide, cette lucidité crue qui consiste à reconnaître que la vie n’a ni sens ni finalité. Dans la première moitié, Jaccard s’emploie à démonter les illusions rassurantes que nous nous construisons pour supporter l’existence : l’amour, le sexe, le mariage, les enfants, le meurtre, le suicide, la religion ou même la psychanalyse. Tout y passe. Il confronte les deux grandes issues humaines, la promesse de résurrection (le Christ) ou la disparition dans le néant (le Bouddha), et observe comment chacun tente, par la foi ou la névrose, d’échapper à l’angoisse du vide.


Cette première partie, dérangeante mais captivante, séduit comme une douleur qu’on choisit de sonder, une peur qu’on apprivoise. Elle force à se regarder à nu, à reconnaître nos fictions intimes pour ce qu’elles sont : des antidépresseurs existentiels. La seconde, plus classique, revient sur les grands penseurs du nihilisme, de Schopenhauer à Cioran, en passant par Nietzsche ou Stirner, et trace les lignes de leurs idées et de leurs vies. Intéressante, mais plus didactique, elle perd un peu de la puissance introspective du début.


Quelques éclats de pensée résument bien l’esprit du livre :

« Le nihilisme commence là où cesse la volonté de se tromper soi-même. Mais sans cette volonté, nous n’aurions ni l’ivresse ni l’art ni l’amour. Alors faisons “comme si”… et que la fête commence ! De sa magnificence dépendent l’étendue de nos naufrages et l’éclat de notre lucidité. »

Ou encore : « Se regarder dans la glace, c’est accepter une confrontation, parfois intolérable, avec ce que le temps et nos émotions y ont gravé. C’est se souvenir que, passé un certain âge, nous sommes les sculpteurs de notre propre visage. »


Dans son style clair et sans pathos, Jaccard parvient à rendre le désespoir presque élégant. Il ne cherche pas à sauver, encore moins à consoler : il invite à contempler le vide avec ironie, et peut-être à s’en faire un compagnon. Un essai bref, lucide, parfois cruel, une gifle métaphysique qui laisse un drôle de goût de vérité.


Gilead
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le 31 oct. 2025

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