La trinité : d’abord le mari de Yeong-hye, la végétarienne, ensuite le beau-frère de la végétarienne, enfin la sœur de la végétarienne. Le début, c’est Yeong-hye qui choisit de devenir végétarienne après un rêve. Yeong-hye représente une figure molle, une femme qui se laisse passivement utilisée par son mari (femme au foyer), puis par son beau-frère (modèle et objet sexuel) ; la place de la sœur est plus ambiguë : cette sœur est gagnée par la culpabilité et par son inaptitude à comprendre Yeong-hye qui se végétalise complètement (volonté de devenir arbre), qui lâche prise, tout le contraire de sa sœur qui, elle, ne lâche rien, qui veut garder le contrôle (tout en sachant qu’elle est en train de le perdre).
Le problème du livre c’est que jamais nous n’entrons en empathie avec ces quatre personnages. Ni avec le mari (minable homme contrarié), employé de bureau tout en normalité coréenne ; ni avec le beau-frère, artiste parasite, égoïste et immature (qui peint de jolies fleurs sur sa belle-sœur) ; ni avec la sœur (femme et sœur toute en responsabilité assumée) qui ne se (dé)livre jamais ; ni avec Yeong-hye, passive et atone oscillant entre indifférence et prostration. Au point que c’est nous, lecteurs, qui nous amollissons dans la lecture de ces lignes qui finissent par devenir inconsistantes. Comme un bouquet fané et son eau croupissante.