Depuis que j’ai vu l’adaptation du Comte de Monte-Cristo, sortie à l’été 2024 et qui a eu un grand succès populaire (9,4 millions d’entrées en France), j’ai développé une très grande envie de lire le livre qui a servi de base à ce film, mais je dois admettre que la longueur du récit (1 500 pages sur deux tomes me concernant) m’avait jusque-là refroidi. Je me suis finalement décidé à le lire durant ces trois dernières semaines et je dois dire que j’ai bien eu raison de m’y mettre, car d’une part, c’est un récit d’une immense qualité et également, car je connais dorénavant le récit original dont l’adaptation cinématographique s’est nettement affranchie (ce n’est pas un reproche, je relève un fait).


Ce récit centré sur le destin, dans un premier temps tragique, d’un tout jeune marin marseillais nommé Edmond Dantès, qui s’apprête à devenir capitaine de son navire et épouser sa fiancée Mercédès, mais qui va voir son avenir radieux être détruit par un complot qui va l’envoyer en prison au nom d’un crime qu’il n’a pas commis. La métamorphose que les 14 années de captivité au château d’If opèrent chez Edmond Dantès, de sa transformation de gentil marin innocent à un comte richissime à l’esprit tourmenté est retranscrite de brillante manière par Alexandre Dumas qui parvient dès les premières lignes à susciter successivement la compassion pour l’injustice qu’il subit et un intérêt ainsi qu’une passion pour sa quête de vengeance.


Alexandre Dumas a bâti avec succès un solide personnage principal, victime d’un châtiment cruel et injuste, qu’il va faire évoluer dans son récit tout en le confrontant à ses tourments intérieurs qui le font osciller entre les ténèbres et la lumière. D’une part dans la lumière, avec sa quête légitime de prendre sa revanche sur les ennemis qui l’ont fait souffrir (Fernand, le procureur Villefort et le baron Danglars) ainsi que son envie de récompenser ceux qui ont été justes avec lui (Mercédès, Albert, les Morrel...). D’autre part dans les ténèbres, dans son hubris complètement démesuré qu’il a développé à la suite de son évasion du château d’If et de l’obtention de sa richesse. Il se pense depuis tantôt comme un envoyé de Dieu voire à certains moments comme son égal et pense pouvoir se faire justice et se substituer à la justice des hommes. Il ne remettra cette posture en cause que vers la fin de son périple lorsqu’il constatera que ces actes ont involontairement engendré la mort d'un innocent en l’occurrence le petit Edouard de Villefort.


C’est un défaut assez minime, je le conçois, mais je trouve qu’Alexandre Dumas a fait quelques longueurs sur des éléments assez dispensables du récit. Je pense, en premier lieu, aux descriptions assez interminables des pièces et des objets des divers hôtels et maisons que traverse le livre (surtout la description de l’hôtel des Morcerf qui s’étend sur près de deux pages). Je regrette également, sur cet aspect-là, la place assez démesurée qui est donnée aux péripéties de Frantz d’Epinay et d’Albert de Morcerf durant le carnaval de Rome. Je sais bien que le dénouement de cette séquence va permettre la création d’une amitié stratégique pour le comte de Monte-Cristo avec Albert, qui comptera beaucoup dans les plans du comte à Paris, mais j’ai malgré tout trouvé cette séquence trop longue et parfois très inintéressante dans sa narration, surtout lorsqu’elle se focalise sur les déambulations d’Albert et Franz durant le carnaval.


C’est aussi un récit qui place en son sein un grand nombre de retournements de situation. Je n’ai pas de problèmes quant à l’immense majorité d’entre eux, car ils sont tout à fait plausibles au vu de la tournure du récit. Cependant, il y a quand même un passage qui m’a interpellé. Lors de la captivité d’Edmond Dantès au château d’If, il a été fait de son compagnon d’infortune, l’abbé Faria, un homme très intelligent. Soit. En revanche, lors de la discussion au cours de laquelle Dantès lui relate l’injustice qui l’a mené en prison, Alexandre Dumas abuse un peu de l’intelligence suprême qu’il prête à l’abbé Faria. Dans ce passage, l’abbé Faria est capable de reconstituer la scène du complot comme s’il y était, alors qu’il n’y était pas et qu’il ne se base que sur les dires assez vagues de Dantès qui, lui-même, n’y était pas. Je sais que ce dialogue avait pour but d’illustrer l’exaltation du désir de vengeance de Dantès mais cette conversation me semble quand même être une facilité scénaristique, pas forcément utile selon moi, dans la mesure où le récit que lui fait Caderousse aurait pu très bien suffire à ce but.


Comme « Le Comte de Monte-Cristo » est une affaire de vengeance, il convient de s’attarder sur celles qu’il a accomplies. Concernant celle sur Fernand, il est assez succulent de suivre sa décadence éclair et son déshonneur, surtout lors de sa confrontation avec Haydée qui provoque sa chute, laquelle est très plaisante à suivre. Sa fin pathétique correspond bien au personnage lâche qu’il a été tout au long du roman et m’a forcément été très agréable à lire. La chute du baron Danglars, nouveau riche profondément vulgaire et cupide, est tout aussi plaisante avec ce dénouement où il est traité comme un moins-que-rien chez Luigi Vampa et où le comte de Monte-Cristo le dépossède de toute sa fortune et lui inflige l’humiliation suprême d’être son sauveur et de lui accorder le pardon. Cependant, j’ai plus de réserves sur sa vengeance sur le procureur de Villefort. Il se venge efficacement en faisant venir à Paris Benedetto, le fils biologique de Villefort que ce dernier a tenté de tuer à la naissance. La révélation au procès avait tout pour être fortement impactante, mais je trouve qu’elle est trop vite éclipsée par la mort du petit Edouard. C’est surtout cette mort qui est responsable du désarroi et de la folie de Villefort, et pour le coup, le comte de Monte-Cristo n’y est pas pour grand-chose et ce n’est pas l’effet de sa vengeance qui s’en ressent.


On me dira certainement que c’est normal au vu de la densité de l’œuvre, mais durant la narration, la majorité des personnages secondaires de l’intrigue (c’est-à-dire essentiellement les membres des familles des cibles de Monte-Cristo) ont eu une place suffisante pour qu’on puisse prendre le temps de connaître leur personnalité, de connaître leurs motivations et ainsi leur donner une dimension dans le récit.


Je tiens aussi à mettre en valeur trois séquences que j’ai trouvées particulièrement bien écrites et qui m’ont particulièrement touché : la non-exécution de Peppino à Rome, l’effraction de Caderousse chez Monte-Cristo jusqu’à sa mort et la dernière discussion entre Monte-Cristo et Mercédès.


Afin de conclure ma critique, je veux dire à quel point ce livre m’a touché et j’ai été un peu triste à l’idée de devoir le finir. Il fallait que je le lise afin de comprendre pleinement le pourquoi de sa si glorieuse réputation et je ne peux, après lecture, que me joindre à ces louanges.

FranG1909
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il y a 7 jours

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