En 1910, Gaston Leroux faisait paraître ce roman (paru d’abord sous forme de feuilleton) dont la postérité a été longue car des adaptations continuant d’être réalisées au cinéma avec plus ou moins de bonheur, la dernière remontant à 2026. Il nous raconte l’histoire d’une toute jeune cantatrice de l’Opéra de Paris en 1877, Christine Daaé. Elle reçoit l’aide d’un mystérieux personnage masqué, à la voix divine et qu’elle appelle son « Ange de la musique ». Ce personnage semble aller et venir à sa guise dans le dédale de l’opéra. Il apparaît, disparaît aussitôt après et possède même une loge d’où il peut assister aux représentations. Mais il règne en maître dans ce monument, menaçant les directeurs des pires drames si le contrat passé avec lui n’est pas respecté et met ses menaces à exécution, sans aucune pitié. Il tombe fou amoureux de Christine qui elle-même est amoureuse du comte Raoul de Chagny. Ce dernier va risquer sa vie pour tenter de la sauver, alors qu’elle a été enlevée par le fantôme et qu’elle n’a le choix entre épouser ce monstre ou mourir.
De ce « fantôme » à tête de mort (il n’a pas de nez et son aspect est terrifiant), on ne saura que peu de choses et il reste en grande partie mystérieux à la fin. Ce qu’on sait nous est raconté par un personnage surnommé le Persan qui lui aurait sauvé la vie dans le passé. Il est à la fois capable d’être doux puis de supprimer n’importe qui sans le moindre remords. Un homme hors du monde puisqu’il vit dans les souterrains de l’opéra, une sorte d’Enfer où l’on pénètre après avoir traversé un lac coulant sous le monument de Garnier (rappelle du Styx des Grecs antiques ?). Tout oppose le monde du haut, celui de l’opéra luxuriant réservé à une clientèle instruite et aisée, celui de la lumière et des arts, et celui du bas, le monde des ténèbres où le fantôme, Erik de son prénom, est le maître, une sorte de créature démoniaque possédant le pouvoir sur les créatures mystérieuses qu’on y trouve, les rats... Ce dernier va dans une scène magnifique, participer à la soirée déguisée de l’opéra en arborant son costume de la Mort Rouge. Tout le monde s’extasie sur son costume et son masque plus vrai que nature. Normal, il n’en porte pas ! Si Christine refuse de devenir sa femme, il est prêt à faire un carnage. Eros et Thanatos sont à nouveau liés. Un roman à la lisière du policier, du fantastique et de l’épouvante qui rappelle peut-être l’inéluctabilité de la mort. Je l'avais lu il y a bien longtemps (au collège je crois?) mais je l'ai relu avec plaisir.