Le ciel se leva lentement, comme s'il doutait de l'utilité de cet effort.
Nous les avions laissés chutant du bord du monde, un monde porté par 4 éléphant sur le dos d’une tortue aux nageoires aussi longues et épaisses que des continents, nous les retrouvons pour une nouvelle course aussi délurée qu’épique. Et une chose est certaine, rien ne va se passer comme prévu. Car qui aimerait une histoire se déroulant sans accrocs ?
Rincevent (qui rappelons-le à bloquer dans sa caboche le plus puissant sort du royaume) et Deuxfleurs (touristes qui n’a aucun instinct de survie et admire tout ce qu’il voit par la fenêtre des livres qu’il a pu lire à leur sujet) se retrouvent dans ce deuxième tome des Annales du Disque-Monde (comptant plus de 35 volumes et quelques nouvelles), rapidement pourchassés par une ribambelle de mages dirigés par Trymon (« savait tous des règles, qu’il estimait depuis toujours bonnes à édicter, non pas à observer »), un salopard de jeune magicien comme il faut qui a bien la ferme intention de voler l’In-Octavo et formuler les 8 sorts moins 1 qu’il renferme.
Qu’est-ce qu’on va faire ? — Paniquer ? » proposa Rincevent avec espoir. Il avait toujours tenu la panique pour la meilleure technique de survie ; dans le temps, selon sa théorie.
Pourquoi faire ? Eh bien, de ce que j’ai pu comprendre de cette lecture qui se traverse comme un cirque enflammé où court dans tous les sens des avaleurs de sabres, afin de conjurer le sort d’une étoile rouge ayant pris naissance dans le ciel et face à laquelle se dirige lentement mais horriblement la Grande A’Tuin (tortue qui porte le monde, si vous arrivez toujours à suivre). Mais aussi et par la même occasion, devenir le mage suprême parce que de toute manière les dieux sont trop occupés à régler leur problème de micro-ondes causé par les Géants des Glaces. Tout un planning.
Subitement né un groupuscule de fou furieux se tatouant sur le front clignotant des étoiles à 5 branches dans le but précis mais douteux d’endiguer la fin du monde annoncée en zigouillant proprement tout ce qui a un rapport avec la magie, car cette dernière serait la cause précise de cette tragédie. Mais revenons un peu plus loin en arrière et à quelques centaines de kilomètres d’Ankh-Morpork (la capitale touchée par cette fièvre perturbatrice de bon sens) pour retrouver nos deux héros sur le point d’en croiser un troisième, le bien nommé : Cohen le barbare. Une véritable légende vivante, ou pour être plus exact, un vivant dans sa légende de plus de 80 ans, apprêté de guenilles et à la dentition géographiquement douteuse.
Tu n’as pas vu passer deux hommes la tête en bas sur un balai, qui braillaient et se criaient dessus, n’est-ce pas ? » Le jeune garçon le regarda avec assurance. « Sûrement pas. » Le vieillard poussa un soupir de soulagement. « Dieu soit loué, Moi non plus. »
Mais au préalable de ça encore, car rien n’est vraiment aisément résumable dans ce bouquin ayant avalé un peu trop d’encre de sèche dilué à de précieuses substances hallucinogènes, Rincevent se perd dans les bois tel le petit Chaperon Rouge et se met à faire un brin de causette aux arbres avant de croiser la route d’un gnome l’invitant, lui et Deuxfleurs, dans sa maison en pain d’épice, les mettant en garde contre les trolls qui jouxtent les montagnes. Or avant qu’il n’ait le temps de continuer cette mignonne palabre et prendre le thé avec les réglisses qui servent de pied de chaise, un troupeau de mages leur tombent sur la gouaille et ils réussissent par un coup du sort à s’échapper à dos de balai volant asséné d’un guidon. Si jamais quelqu’un peut prendre commande : je prendrais le même café que Terry Pratchett pour mon petit-déjeuner. S’ensuit un agréable voyage dans les nuages avant d’en percuter un qui se trouvait être en pierre et qui abrite un chauffeur : un druide qui le conduit par la seule force de l’esprit car même si « C’est ridicule. Les rochers ne volent pas. Ils sont connus pour ça. - Peut-être qu’ils voleraient s’ils en avaient les moyens, dit Deuxfleurs. Si ça se trouve, celui-ci a trouvé comment faire. — Alors espérons qu’il ne va pas oublier en cours de route. »
Une chose à savoir sur les lois en vigueur du Disque-Monde : même si c’est un endroit peuplé de magie (et de beaucoup de mauvaises odeurs), tout ne se résume pas à celle-ci. A dire vrai, ce qui fait tenir l’ensemble de l’univers, c’est LA CONVICTION (et l’amour qu’ont les dieux pour emmerder les humains). Du coup, mieux vaut « évitez de vous faire du souci, dit-il. Si vous continuez de penser que le rocher ne devrait pas voler, il risque de vous entendre, de s’en convaincre, et vous allez finir par avoir raison, O. K. ? ».
Je pourrais encore vous dérouler par le menu la rencontre de Rincevent avec un troll de la taille d’une montagne partie se réfugier pour méditer sur le sens de la vie, la maison de la Mort existant en dehors du temps et de l’espace, dont le salon est garni par une jolie pendule qui égrène les secondes de toutes les vies du monde, le mariage de Cohen (qui n’a jamais touché de droit d’auteur vis-à-vis des bardes qui chantent ses exploits) avec Bethan, son assistante plus jeune de 60 ans, la manie qu’ont certaines boutiques de disparaître, Le Huitième Sortilège éponyme qui jacte à Rincevent inopinément, ou encore ce précieux bagage sur patte, plus fidèle et brave que Milou, et qui a sauvé bien plus de fois la vie de son maître que de raison.
Il réfléchissait dur, très dur. Il s’efforçait de se rappeler si des dieux ne lui devaient pas quelques faveurs.
En tout cas, amusez-vous à mélanger tous ces ingrédients et vous obtiendrez peu ou prou, sans la prose, une nouvelle potion de cette joyeuse farce concoctée par Terry Pratchett. Un môsieur que je découvre à peine à la suite de ma lecture de Good Omens et du premier tome inaugurale de ce Disque-Monde totalement barré, parodie de tout un genre de la littérature (tout en l'étoffant). Un auteur, je disais, qui, d’ici ma lecture de son Cycle de la Mort et celui du Guet, ne tardera pas à s’introniser dans mon panthéon à côté de Stephen King, Neil Gaiman ou encore Lovecraft (comme compagnie, on a vu pire).
Sa plume douce et comique, son esprit fantasque et bon enfant, ses idées si farfelues et galvanisantes, me donnent le tournis et l’envie d’écrire à mon tour. Oh, certes, je suis loin du compte, mais rien que savoir qu’il me reste une trentaine d’œuvres du bonhomme à découvrir me combe de joie (ou d’un excédent de magie qui me brûle les ongles).
Tu vois, la nuit dernière, l’idée m’est venue, j’ai réfléchi, disons… voyager et voir des choses, c’est bien, mais il y a encore moyen de beaucoup s’amuser une fois que c’est fait. Tu sais, ranger toutes les images dans un livre et retrouver des souvenirs. […] L’important, quand on a beaucoup de choses à retenir, c’est qu’il faut ensuite s’installer quelque part où se les rappeler, tu vois ? Il faut s’arrêter. On n’a jamais vraiment voyagé tant qu’on n’est pas rentré chez soi. Je crois que c’est ça que je veux dire.