« Longtemps, j’ai cru m’en tirer sans éclats. J’appartenais à cette génération heureuse qui aura eu vingt ans pour la fin du monde civilisé. »

Ainsi s’ouvre la brèche dans le paysage convenu de la littérature française d’après-guerre. L’auteur s’appelle Roger Nimier, il a vingt-cinq ans, il est facile. Nous sommes en 1950. À sa suite, s’engouffreront une joyeuse bande qui deviendra le groupe des « Hussards », attraction et terreur de la basse-cour germanopratine, alors sous la coupe de Sartre et de son existentialisme.
 
Dans ce roman polyphonique, l’auteur donne à entendre les voix d’enfants « déguisés en cavaliers, leurs voix alternant comme celles des personnages de théâtre qui ne doivent pas parler trop longtemps, car à cet âge, on croit à l’existence des autres, on ne dispute que pour mieux se reconnaître. » Sanders, Saint-Anne, De Forjac, tous lancés dans cette drôle de revanche en Allemagne au sein du XVIe Hussard, dans la foulée de la Libération et de son épuration — on ne sait jamais s’il faut mettre une majuscule à cette dernière. Le ton est délicieusement désinvolte, libre, facile. On y traite principalement de femmes, d’une femme, et de la guerre, aussi, cette sale garce qui prend les copains sans aucune intention de les ramener un jour. Un peu du monde, qui change alors pas mal en ce temps-là, et des copains aussi, qui meurent par paquets alors que la guerre est finie. Mais ce sont des hussards, ça ne meurt pas n’importe comment.

Nimier s’essaye en filigrane à des thèmes terribles : l’innocence, dont il essaye de faire le portrait, à travers François Saint-Anne. « Il portait une veste bleue, ses cheveux étaient blonds, le sang vivrait mieux sur ces couleurs fragiles. » Je ne vous dirai pas comment tout cela finit. Par un tour de force remarquable, Nimier parvient à se muer en chef d’escadron. Il a ébranlé la troupe, désigné l’ennemi au bas de la pente, ça ne peut plus se régler qu’à la hussarde.
 
« Moi qui affecte tant de dégoût pour les hommes, je suis heureux de leur ressembler dans les actions essentielles de la vie. J’aime leurs églises, leurs tableaux. Je proteste contre le monde moderne, mais j’adore ses femmes minces. »

Perlesvaus
8
Écrit par

Créée

le 2 déc. 2025

Critique lue 20 fois

Le Hussard bleu

Le Hussard bleu

7

PhilippeLou

le 13 févr. 2020

Suivre

Le hussard plus si bleu que ça aujourd'hui

Lit-on encore Roger Nimier ? J’avoue ne savoir que répondre et avoir lu en premier sa fille Marie Nimier (la reine du silence 2004), qui d’ailleurs ne dresse pas forcément un portait très flatteur de...

Le Hussard bleu

Le Hussard bleu

8

Tzara

le 8 mars 2014

Suivre

Guerre

Livre de confession sur toute une jeune génération de 1940 ; livre de pur ironie pour masquer l'angoisse d’antihéros dans un monde ou la guerre est encore plus cynique qu'eux. Dans cette galerie de...

Le Hussard bleu

Le Hussard bleu

8

Perlesvaus

le 2 déc. 2025

Suivre

La percée

« Longtemps, j’ai cru m’en tirer sans éclats. J’appartenais à cette génération heureuse qui aura eu vingt ans pour la fin du monde civilisé. » Ainsi s’ouvre la brèche dans le paysage convenu de la...

Les Ingénieurs du chaos

Les Ingénieurs du chaos

7

Perlesvaus

le 6 oct. 2025

Suivre

Critique de Les Ingénieurs du chaos par Perlesvaus

C’est sans doute l’un des essais politiques les plus appropriés du moment. Dans cet ouvrage paru en 2019, Giuliano da Empoli, collaborateur régulier de l’excellente revue du Grand Continent, revient...

Le Cri du peuple

Le Cri du peuple

9

Perlesvaus

le 6 oct. 2025

Suivre

Jean Vautrin dynamite

C’est un de ces romans qui souffle tout autour de soi, ce petit livre de poche. Une œuvre passée à la postérité sous le coup de crayon de Tardi sous la forme de trois gros volumes d’une...

L'été en enfer

L'été en enfer

8

Perlesvaus

le 26 févr. 2024

Suivre

Critique de L'été en enfer par Perlesvaus

« Un gravier dans la chair d’un homme, et les empires s’écroulent. » Émile Zola, La DébâcleJamais, sans doute, la santé d’un seul individu n’a présidé aussi lourdement au cours de l’histoire de...